Le coeur ne vaut pas mieux que les pieds, on doit lui piler dessus pour aller de l’avant.
p. 7
Mathys, surnommé depuis longtemps pour des raisons évidentes « Traumathys », vit dans la rue, la tête remplie de plusieurs voix. Trentenaire plutôt sympathique, il n’est pas un itinérant ordinaire, puisqu’il est en fait agent secret, et doit accomplir des « missions », qu’il gère en parallèle à une passion amoureuse et quelques relations amicales avec des êtres aussi abîmés par la vie que lui. La tête et la vie de Mathys sont bien remplies, et, dans le tourbillon du quotidien de la rue, parfois on ne sait plus bien démêler la réalité de la confusion…
(…) vaut mieux être moins que rien que rien du tout.
p. 46
Traumathys est de loin un des meilleurs romans que j’ai lu sur le sujet de l’itinérance montréalaise. David Goudreault porte un regard généreux, ouvert, humain et intelligent sur des êtres dont la grande complexité est souvent oubliée au profit d’un discours individualisant concentré sur l’idée de « mauvais choix ». Il y a de l’humour, de l’humanité et de la douceur dans les mots de Goudreault, en plus d’une grande maitrise littéraire. Visiblement, l’auteur connaît son sujet de l’intérieur et ne tombe jamais dans le misérabilisme. De plus, une critique sociale argumentée et intelligente se cache au détour de chaque page. Et quoique chaque personnage possède une histoire de vie unique et une individualité certaine, chacun de leurs parcours est éminemment social.
Trop de fous en ville pour se rappeler la noblesse des fous du village, leur fonction sociale, les légendes qu’ils traînaient derrière eux, la compassion qu’ils suscitaient entre deux railleries. Tout est une question de nombre; la place du fou s’est diluée dnas le fractal malsain de la désinstitutionnalisation. On a sorti des miliers de psychiatrisés des hôpitaux et des ressources alternatives en promettant des suivis externes. Non seulement les suivis seront restés sans suite, mais on a laissé le crime organisé submerger nos rues de drogues toujours plus nocives. Cocktail coûteux.
p. 54
En alternant la vie quotidienne de Mathys et de ses amis avec des passages historiques sur des moments marquants à l’échelle mondiale, Goudreault ancre son récit, et la santé mentale de son personnage, dans une dénonciation constante des systèmes politiques et sociaux qui nous encadrent.
Ceux qui souffrent un peu cherchent à déterminer les causes, les tenants et aboutissants de leur mal, envisagent l’introspection ou la thérapie, mais ceux qui souffrent vraiment ne cherchent qu’à geler, anesthésier, strictement endurer leur douleur. La vie devient un long soin palliatif. La psychanalyse et la dépression sont des luxes que la véritable détresse ne peut qu’envier.
p. 59
Un grand livre, qui devrait vous bouleverser.
Ne le dévorez pas. Lisez-le attentivement.
Psssst ! Patrice Sirois aussi l’a lu et nous en parle ici !
- Texte : David Goudreault
- Éditions : Stanké
- Parution : août 2026
- Nombre de pages : 398
Crédit photo : Annick Lavogiez




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