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    Même après la mort de son père, Roger Fajnzylberg n’osait toujours pas ouvrir la boite à chaussures contenant les mémoires de son père Alter, survivant des camps de concentration de Birkenau et d’Auschwitz. Il n’était pas prêt à lire et à ressasser ce passé d’horreur. Puis, au moment où il se décide enfin, par devoir de mémoire et de transmission, une surprise l’attend : les cahiers d’Alter sont écrits en polonais, une langue que Roger n’a jamais apprise. Il trouvera en Alban Perrin, coordonnateur de la formation au Mémorial de la Shoah, un allié et un traducteur qui lui permettra d’accéder au passé de son père.  

    Alter Fajnzylberg a eu une vie mouvementée, c’est le moins qu’on puisse dire. Né en Pologne au sein d’une famille nombreuse et très religieuse, il goûtera tôt au militantisme, inspiré par ses grands frères. Dès 15 ans, Roger travaille comme apprenti menuisier et se syndicalise, il se met à l’activisme qui le mène aux jeunesses communistes où il exercera divers rôles. Puis, avec le déclenchement de la guerre civile en Espagne, il s’engage dans les brigades internationales. Il se fera souvent emprisonner, mais ça ne diminue en rien son envie de contribuer à changer le monde et à se battre. Après l’arrivée de Franco au pouvoir, il partira avec des centaines de milliers de réfugiés vers la France.   

    Encore une fois, il passera par différents camps d’internement en France avant d’aboutir à Birkenau et Auschwitz. En plus du travail forcé, de travaux de menuiserie, il sera recruté pour faire partie d’un Sonderkommando et devra travailler au crématorium, aux fours où les nazis tuaient jusqu’à des centaines de juifs par jour, trente humains par heure. Ce dont Alter a été témoin est de l’horreur pure.   

    Il a survécu en s’évadant lors des marches de la mort du 18 janvier 1945.   

    L’adaptation des cahiers d’Alter en bande dessinée par Jean-David Morvan, Victor Matet et Rafael Ortiz est très prenante, touchante, mais réalisée avec une immense délicatesse aussi. On sent tout au long de l’ouvrage, le respect porté à ce témoignage, une transmission de l’histoire pour ne pas oublier. Les quelques photographies d’archives donnent des frissons et c’est seulement un minuscule pan de ce que les survivant.e.s ont pu voir lors de leur emprisonnement.   

    Le témoignage d’Alter est tellement important et je pense que le médium de la bande dessinée est parfait pour atteindre un plus grand nombre de lecteurices, la partie plus documentaire à la fin permet aussi d’en savoir un peu plus et de se faire une image plus claire de cette histoire vraie, mais plus horrifique que la pire des fictions. Une lecture nécessaire et importante que Roger Fajnzylberg a décidé de partager avec nous, c’est à notre tour, maintenant, de la partager aux gens autour de nous.   

    • Scénarios: Jean-David Morvan et Victor Matet 
    • Illustrations: Rafael Ortiz 
    • D’après les cahiers d’Alter Fajnzylberg et l’ouvrage Roger Fajnzylberg et Alban Perrin 
    • Maison d’édition: Dupuis 
    • Parution: 12 mai 2026 
    • Nombre de pages: 128 

    Crédit photo: Valérie Ouellet 

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