Quand arrive le moment de s’informer plus en profondeur sur certains sujets, j’aime bien lire des essais, mais, parfois, ceux-ci sont trop obscurs, indéchiffrables pour moi alors que d’autres, comme celui-ci, trouvent le moyen de vulgariser, de raconter simplement sans pourtant nous ennuyer, mais au contraire nous redonnent de l’énergie et de l’espoir.
Le conflit paslestino israélien est loin d’être simple, mais l’autrice de Quand le monde dort, Francesca Albanese, réussit à nous captiver tout en nous livrant une vérité brutale et nécessaire pour mieux comprendre ce qui se passe en Palestine. Rappelons que celle-ci est Rapporteuse spéciale de l’ONU, juriste, enseignante et chercheuse.
Je connaissais déjà cette grande femme qui a travaillé pendant des années pour le Human Right Watch de l’Organisation des Nations Unies. Je l’admirais déjà, encore plus après la lecture de ce livre.
Mon parcours, de ma petite ville du sud de l’Italie jusqu’au cœur du droit international, a été marqué par l’intranquillité, la force de mes convictions et une intolérance viscérale face à l’injustice. Si une leçon se dégage de ce cheminement, c’est bien celle-ci : lorsque nous nous tenons ensemble, avec courage, même face à des pouvoirs solidement ancrés, le changement n’est pas seulement possible, il devient inévitable.
P.20
Francesca Albanese a décidé de découper le livre en différentes rencontres avec différent.e.s acteurices lié.e.s de près ou de loin à la Palestine. Bien sûr, certaines parties sont très sombres parce que la situation l’est, mais l’autrice et ses invité.e.s insufflent toute la force nécessaire pour nous aider à combattre pour un monde plus juste. Le simple citoyen peut et doit participer en faisant des choix sans apartheid. Albanese fait le lien avec la situation ayant cours dans les années 90 en Afrique du Sud et elle nous démontre qu’il est possible de changer les choses comme l’a fait Mary Manning, une caissière de Dunnes à Dublin en 1984. Cette employée a refusé de vendre des pamplemousses venant d’Afrique du Sud, ce qui a mené le gouvernement irlandais ensuite à légiférer contre l’importation de biens de l’Afrique du Sud jusqu’en 1987. L’autrice réussit à nous sensibiliser sur notre pouvoir économique :
C’est là qu’intervient le facteur économique qui me pousse à dire : si la Palestine est une scène de crime, nous y avons tous laissé nos empreintes. … Comme les pamplemousses que Mary Manning a refusé de scanner à la caisse de Dunnes, il y a 40 ans.
P.141
Ainsi, comme je vous disais, je trouve que les récits de Francesca Albanese ne prennent aucun raccourci malgré la situation ultra complexe. Madame Albanese nous présente bien les deux côtés et le fait aussi que la logique oppresseur/opprimé peut être analysée comme bon nous semble: chacun peut être vu comme un terroriste pour certains, et comme un héros par d’autres.
P.145
Il revient, toutefois, aux gens de s’informer et aux différents protagonistes de respecter les lois et les droits fondamentaux, ce que le gouvernement israélien ne fait pas depuis de nombreuses décennies.
La rencontre de Francesca Albanese avec Malak Mattar, une toute jeune artiste palestinienne devenue adulte, m’a profondément touchée. Le gouvernement israélien attaque principalement les artistes, les intellectuels et les médecins. Pourquoi ? Malak Mattar tente une réponse :
Tu sais pourquoi ils nous haïssent et veulent détruire tout ce qui touche à l’art ? Parce que l’art, c’est l’espoir. C’est pour ça qu’ils ont tué Refaat Alareer qui, par ses poèmes, donnait de l’espoir à tant de gens.
P.202
Effectivement, Refaat Alareer a été tué en décembre 2023. Son poème If I must die est devenu célèbre ainsi qu’un acte de résistance.
Quand le monde dort est un des excellents essais que j’ai lus récemment, il nous fait passer par la rage, le découragement, mais aussi par l’espoir. Toustes devraient le lire parce que :
C’est lorsque le monde dort que naissent les monstres. Et des monstres, nous en avons déjà beaucoup parmi nous. Le premier d’entre eux: notre indifférence.
P.239
- Autrice: Francesca Albanese
- Traductrice: Simonetta Greggio
- Maison d’édition: Mémoire d’encrier
- Parution: 6 octobre 2025
- Nombre de pages: 264
Crédit photo: Valérie Ouellet










