Marie-Eve Blanchard a écrit plusieurs guides de voyage, elle est journaliste et chroniqueuse, elle a fait du voyage, sa spécialité. Ici, elle mélange essai et réflexion poétique sur ce que les voyages apportent, sur nos désirs d’ailleurs et nos besoins d’ancrage. Elle nous offre un récit tout personnel magnifique qui cherche à comprendre Les bruissements du monde.
L’autrice débute avec un poème qui s’intitule PARTIR :
La toute première fois,
Ce fut pour la fuite
Plus rien à perdre, tout à y prendre.
[…]
La seconde,
Ce fut pour tenter de museler ce qui gronde.
[…]
La troisième,
C’était pour s’affranchir.
[…]
Les fois subséquentes,
Ce fut par passion.
Celui-ci résume peut-être à lui seul nos désirs par rapport au voyage, mais Marie-Eve Blanchard prend le temps de se questionner, de questionner la littérature et d’autres voyageurs invétérés sur leurs besoins et leurs désirs de l’ailleurs.
Je me suis beaucoup reconnue dans les réflexions de l’autrice bien que je n’aie pas le centième de ses expériences de voyages, mais justement sans parler du nombre d’endroits visités ou d’aller-retour en avion, elle aborde le voyage de façon beaucoup plus intime :
« Et si le voyage se rapprochait simplement davantage d’un état, d’un état d’être ? S’il tenait plus encore de ce mouvement à travers le temps et l’espace ? » p.14
Partir en voyage pour découvrir, se découvrir aussi. Se permettre une renaissance, un émerveillement et une ouverture à l’autre. Partir permet aussi de retrouver, de s’ennuyer de ce qui nous permet de nous ancrer aussi, de nous sentir à la maison.
Sans avoir besoin de prendre l’avion, aller ailleurs permet de mieux comprendre le monde qui nous entoure et, souvent, de mieux se comprendre aussi par rapport à l’autre, aux us et coutumes des uns et des autres.
« S’émerveiller permet également de garder en tête que rien n’est véritablement acquis et que beaucoup nous échappe. Dans l’instabilité, il faut savoir trouver un certain équilibre ou un monde davantage cohérent. Parce que plus vrai. Plus sensible. Plus fugace.
Et, sans doute là, dans la perte de repères, on peut se permettre de renaître, d’être autrement soi. » p.33
Évidemment, dans le désir d’ailleurs, il n’y a pas que des lieux.
Il y a l’autre.
Désirer partir ailleurs, nous y abandonner, c’est désirer partir à la rencontre d’une altérité, quelle qu’elle soit. « p.53
Vous voyez que j’ai inclus plusieurs extraits dans cette chronique parce que, justement, plusieurs extraits me parlaient, j’ai eu de la difficulté à en sélectionner seulement quelques-uns. Le livre de Marie-Eve Blanchard est beau et nous permet d’amorcer une réflexion personnelle sur le voyage en général et ce qu’il nous apporte. Je le suggère à tous ceux qui aiment voyager que ce soit pour fuir, s’ancrer, découvrir ou s’ouvrir. Un livre que je prendrai certainement plaisir à lire et à relire encore et encore.
- Autrice: Marie-Eve Blanchard
- Maison d’édition: Somme Toute
- Parution: 6 mai 2025
- Nombre de pages: 156
Crédit photo: Valérie Ouellet



