Kayden Abad, 15 ans, rentre au lycée avec ses ami.e.s, certains ont déjà décidé de suivre la voie professionnelle (l’équivalent d’un DEP), les autres poursuivent le cursus général. Dès le premier cours, elle doit remplir un formulaire sur sa situation : père, mère, profession, ambitions, etc. Tout de suite, Kayden fige, elle déteste ce genre de questions, elle n’inscrit presque rien. Sa titulaire, madame Lafontaine, le remarque et lui demande la raison pour laquelle Kayden n’a pas rempli le formulaire. Cette dernière décide donc de s’ouvrir dans une lettre, mais à sa façon et où elle raconte ce qu’elle veut bien raconter. Kayden adore écrire, madame Lafontaine voit tout de suite que son élève est douée. L’enseignante est déterminée à ce que Kayden réussissent le programme et qu’elle intègre un programme contingenté en sciences politiques. Grâce à la discrimination positive, certains élèves des banlieues peuvent y accéder.
Les deux femmes vont travailler ensemble et il se développera une complicité, un amour tordu entre les deux. Que ce soit des messages à des heures tardives ou des silences complices, Kayden commence à « tomber » pour sa prof et le lecteurice comprend que c’est réciproque même si madame Lafontaine ne se dévoile pas totalement.
Le roman aborde d’une façon subtile et réaliste l’adolescence, la quête de l’identité, mais aussi le racisme ordinaire, l’égalité des chances, le « clash » entre les cultures et bien évidemment la relation prof-élève. Le livre se lit d’une traite, on entre dans la peau de Kayden avec la volonté qu’elle réussisse sans se perdre. On voudrait qu’elle atteigne l’objectif pour elle et non pour plaire à l’enseignante tordue qui ne peut que la décevoir. Un passage marquant pour moi sur madame Fontaine est celui-ci :
Au bout de quelques mois dans ce lycée, elle s’est sentie importante, elle ne ressentait pas ça à Versailles, c’était nouveau pour elle cette sensation : celle de contribuer à quelque chose de plus grand qu’elle : « sauver ces adolescents de leur sort social », pas tous, bien sûr, seulement ceux qui méritent d’être regardés, qui veulent jouer le jeu.
Le reste à la poubelle.
On peut se demander si jouer le jeu a un prix pour ces adolescents et, si oui, lequel ? Est-il toujours positif pour ceux-ci ?
Le lecteurice s’attache aux personnages plus que réels, à la fois forts et si fragiles. Je pense à Sami qui souhaite vivre son homosexualité librement, à Djenna qui ne laisse rien passer, à sa colère essentielle pour vivre dans un monde rustre et décevant. J’ai eu un grave coup de cœur pour le surveillant d’élèves Oussani qui les soutient sans les juger et qui se le fait reprocher par le proviseur :
[…] Bref, si je suis là, c’est pour eux, pas contre eux. J’ai envie qu’ils tiennent, qu’ils aient envie de venir au lycée le matin, qu’ils trouvent la bonne filière, qu’ils apprennent des choses qu’ils transmettront à leurs enfants dans vingt ans. Peut-être que je vis dans un monde de Bisounours, monsieur le proviseur, comme vous dites, mais je ne vis pas dans un monde où je suis militaire, je ne suis pas policier, je ne bosse pas dans un lycée pour contrôler les corps des élèves. Je ne suis pas là pour ça.
Il y aura toujours des adultes qui verront l’enseignement comme un cadre auquel les élèves doivent se conformer, mais je pense, comme Oussani, que l’école doit servir à éduquer et qu’il faut faire en sorte comme société que les élèves aient le goût d’y venir. Un superbe roman à découvrir, je pense sincèrement qu’on n’a pas fini d’en entendre parler.
- Autrice: Fatima Daas
- Maison d’édition: Cheval D’Août
- Parution: 26 août 2025
- Nombre de pages: 198
Crédit photo: Valérie Ouellet



