La Peuplade n’a jamais fini de nous étonner et c’est encore plus vrai avec le nouveau roman de Gabriel Marcoux-Chabot, un roman d’anticipation écrit dans une langue nouvelle.
Les Godpèle sont un peuple ou un clan qui a réussi à survivre aux changements climatiques en allant toujours plus au nord. Ils sculptent la neige et la glace avec leur pelle. C’est La Floune qui raconte leur histoire, celle qui a hérité du savoir de la Vieille, du pouvoir de l’écriture avec ses usemine. Pourtant, elle a fui son peuple, son crew pour écrire, pour se délivrer d’un secret, mais quel est-il ? À travers l’histoire de La Floune, on suit un peuple survivaliste qui a dû faire d’immenses sacrifices pour arriver à ce qu’ils sont aujourd’hui dont un remaniement d’une écriture trop lointaine. D’ailleurs le livre nous permet de lire dans la langue des Godpèle à gauche et en français à droite, ce qui donne lieu à une expérience hors du commun pour le lecteurice :
Le solèye ié o. Ja pa boujé depu ière.
Ja pa boujé, sé plus fore que moué, jveu pu riin fère.
Jveu pu.
Jéqri dé mo. Sé toute.
Jsé pa pourqoua.
L’usmine iétè la. Qan q’ja ouvère lé z’ieu, jveu dire. Javè la tète dans l’qu, lé z’idé pa qlère. L’usmine iétè la, ja étandu l’bra. Javè pa l’gou d’melvé, stè plus fore qe moué, ja pri l’usmine, ja lu sa q’ja éqri. Pi pa riin q’ière, mé toute sa q’ja éqri depu q’ja parti, lé mo délire, lé mo lumiére. Stè bizare. Javè jamè éqri de s’fason la, tojoure dans l’élan, san savouère ou s’qe jmanva. Sadone dé drole de rézulta. Éqrire avèqe paa d’plan, éqrire avèqe pas d’idé, pa d’projè, de l’éqriture de survi, sé sa q’safè.
– P.59
Comme dit auparavant, ne vous inquiétez pas, la traduction en « bon français » se trouve à droite. Pour ma part, je n’ai pas eu trop de mal à lire la langue des Godpèle. Probablement que mes années comme enseignante de français au secondaire m’ont bien aidée. Le roman offre tout de même une réflexion très intéressante sur la survie d’un peuple, mais de la langue, son évolution aussi. Ce que nous sommes prêts à sacrifier pour durer. Aux règles, en général.
Je me dis que c’est bien ainsi, que l’on s’habitue à certaines choses, que l’on finit même par les aimer. Je me dis aussi qu’il faut savoir attendre dans la vie, que choisir de ne rien faire, parfois, c’est simplement laisser le temps travailler de notre côté.
– P.285
La Floune, historienne et gardeuse de mémoires, apporte des réflexions intéressantes aux histoires qui l’ont formée, qui ont formé les Godpèle, elle, la première des Deuxièmes, symbole de la survie de l’espèce humaine. Bref, une histoire déstabilisante, unique et magnifiquement construite. À lire de préférence l’hiver dans un chalet pour pouvoir laisser notre imagination aller rejoindre les Godpèle et craindre un peu le Loncrisse.
- Auteur: Gabriel Marcoux-Chabot
- Maison d’édition: La Peuplade
- Parution: 1er octobre 2025
- Nombre de pages: 528
Crédit photo: Valérie Ouellet



