Krassinsky nous offre toute une épopée dans cette bande dessinée inspirée du récit de Bérengère Cournut : De pierre et d’os.
En effet, le lecteurice suit une jeune femme nommée Uqsuralik qui, réveillée par la douleur pendant la nuit, se fait prendre par la séparation des glaces. La banquise se divise en deux. Elle devient complètement seule, séparée de sa famille. Son père tente de lui lancer un harpon, mais trop énervé, il rate son lancer. Heureusement, Ikasuk, la meilleure chienne husky de son père et quatre jeunes chiens ont dérivé sur les glaces avec elle. La chienne protègera Uqsuralik, pendant un certain temps, contre les éléments et la faim des jeunes chiens.
Dès le début, Uqsuralik entreprend un périple afin de survivre et de tenter de trouver d’autres humains. Un inukshuk lui donne espoir, cet amas de pierres prouve que certains ont passé par le même chemin qu’elle. Au bout de plusieurs jours de marche, elle réussit à joindre un campement composé de trois familles. Toutefois, elle apprend que celles-ci sont parties d’un grand campement d’hiver parce qu’il n’y avait plus assez de nourriture pour tout le monde, la famine est proche.
La jeune et courageuse Uqsuralik tente de persuader le camp de l’amener chasser, elle raconte ses talents de chasseuse, talents rares pour une femme. Les hommes l’amèneront chasser, mais la protagoniste sent l’inquiétude des femmes. Pourquoi sont-elles inquiètes ? Pour elles ou pour elle ? Les lecteurices comprennent assez rapidement que le père de ce campement est un vieil homme orgueilleux, mauvais chasseur qui rejette la faute sur les autres même sur ses propres fils. Il n’hésite pas à tuer en faisant passer son geste pour un accident tous ceux qui succèdent mieux que lui.
C’est ce qu’il tente de faire avec Uqsuralik, après avoir fait une tentative pour l’éliminer, il violera Uqsuralik. La jeune femme décide de quitter ce campement. Elle pense se donner la mort et tente d’entendre ce qu’ont à dire les esprits, mais le Géant la retourne à la vie, Uqsuralik n’ayant d’autres choix retourne au campement d’hiver du vieux et de ses fils. Les jours passent et un des fils développe une belle relation avec Uqsuralik, malheureusement au moment où ils décident de rester ensemble seuls au camp, Tulukaraq part chasser et ne revient jamais. Uqsuralik redevient sans famille et seule avec Ikasuk, elle décide de reprendre la route, alternant entre espoir et idées noires.
Les deux alliées réussiront à rejoindre un autre campement dont fait partie le frère de sa mère, il prend soin de Uqsuralik qui porte l’enfant de Tulukaraq. Un jour, des visiteurs arrivent. Il s’agit du vieux et de certains membres du premier campement. La famine rôde encore et ils viennent chercher de l’aide. Malgré tout ce que le vieux a fait, la famille de Uqsuralik décide d’aider le vieux une dernière fois. Plusieurs jours plus tard, la petite Hila vient au monde. On nourrit la mère et l’enfant, mais les autres manquent de tout. Rapidement, elles devront participer à la chasse, sinon elles n’auront plus rien. Un jour, à la chasse au morse, Uqsuralik devient folle et frappe son oncle. Sauniq, l’aînée, celle que tous consultent et écoutent, décide de livrer Uqsuralik aux esprits encore une fois. Ceux-ci décideront du sort de la jeune mère. Elle survit à cette occasion et elle peut donc retourner auprès de ceux qui sont devenus les siens. L’hiver qui suit est abondant en gibier, puis le solstice approche et on construit une immense maison des fêtes. Des chants sont au menu toute la soirée, certains de ceux-ci dénoncent les actes du vieux. Au matin, il a quitté le campement pour ne plus jamais revenir.
À sa septième année, Hila, la fille d’Uqsuralik devient très malade, elle dit qu’elle est fatiguée et n’arrive plus à bouger de sa couchette. Heureusement, un homme venu de loin, un chamane, viendra pour sonder l’âme de Hila. Il réussira à guérir la petite. En échange, Uqsuralik se donnera à lui.
Ils deviendront des époux. Après de nombreuses années sans tomber enceinte, elle accouchera de jumeaux, elle accompagnera son mari, de son vrai nom Naja, au pays des chamanes. Puis, un jour, des hommes blancs arriveront et changeront à jamais la mentalité et le mode de vie de ses enfants. Uqsuralik est rendue vieille, c’est le moment qu’elle choisit pour demander qu’on la laisse derrière. Elle deviendra la femme de pierres.
L’histoire d’Uqsuralik est une histoire intrigante remplie de péripéties et de retournements, le lecteurice est plongé dans la culture innue et dans son territoire si difficile. En un récit, l’autrice Bérengère Cournut et avec de magnifiques illustrations, Krassinsky nous en apprend plus sur ce peuple et sur leurs mœurs que plusieurs essais et manuels d’histoire. La bande dessinée met à l’avant-plan une femme forte au sein d’un peuple fort. J’ai adoré que la bande dessinée soit entrecoupée des chants de plusieurs personnages, ils permettent de mieux comprendre la mentalité des différents personnages. Si la culture innue vous intéresse ou si vous aimez les récits d’aventures avec des personnages forts, cette bande dessinée est pour vous : magnifique et renversante.
- Auteur et illustrateur: Krassinsky
- D’après le roman de Bérengère Cournut
- Maison d’édition: Dupuis
- Collection: Aire Libre
- Parution: 27 mai 2025
- Nombre de pages: 203
Crédit photo: Valérie Ouellet



