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Documentaire «Ici, on réemploie. Ici, on relocalise. Concevoir, fabriquer et déployer le réutilisable au Québec.» – La vague

En novembre dernier, Recyc-Québec faisait paraître les différents constats de son étude sur les retombées du secteur du réemploi au Québec, lequel regroupe la réparation, la location et le commerce de détail d’occasion. Au total, le réemploi au Québec génère près de 1,2 milliard de dollars en chiffre d’affaires[1]. En plus de représenter près de 1150 emplois au Québec, le réemploi présente trois avantages importants : il favorise les services de proximité, réduit les fuites économiques et renforce la résilience des territoires. Le réemploi au Québec permet également de diminuer notre impact sur l’environnement en empêchant l’émission de 226 100 tonnes de CO₂[2], en évitant près de 4781 tonnes de déchets plastiques et en économisant 120,8 millions de mètres cubes d’eau[3]. D’ailleurs, la coopérative Tricentris annonçait récemment l’aménagement prochain d’un centre d’achat entièrement consacré au réemploi, une première en Amérique du Nord! Celui-ci sera situé à Saint-Jérôme et s’inspirera notamment du modèle suédois ReTuna, un pionnier en la matière. De toute évidence, le réemploi a la cote au Québec et c’est tant mieux! 

À ce propos, le 17 février dernier, j’ai eu le plaisir d’assister à la diffusion du documentaire « Ici, on réemploie. Ici, on relocalise. Concevoir, fabriquer et déployer le réutilisable au Québec », une initiative de l’organisme à but non lucratif québécois La vague[4]. D’une durée d’environ vingt minutes, celui-ci porte sur le réemploi et l’économie circulaire dans le secteur bioalimentaire, ainsi que sur l’intégration progressive des emballages et contenants durables, locaux et réutilisables[5]. Il n’y a plus de doute : la transition collective est en marche au Québec et ce, grâce à l’innovation, la collaboration et le savoir-faire industriel de nos entrepreneurs québécois[6]. Bref, c’est un documentaire bien fait, captivant et inspirant! 

Insistons davantage sur le sujet en prenant l’exemple du gobelet jetable. Annuellement, ce sont plus de 500 milliards de gobelets jetables qui sont produits dans le monde[7]. En moyenne, un million d’entre eux sont jetés chaque minute. La durée de vie d’un verre jetable est donc d’environ treize minutes. Plus précisément au Québec, c’est plus de 1,5 milliard de gobelets jetables qui sont mis à la poubelle chaque année[8]. Ces statistiques sont choquantes, incitent à la réflexion et invitent à revoir notre mode de consommation quotidien pour le rendre plus écoresponsable. Or, c’est un défi que se sont lancés les fondateurs de La vague. Leur mission : rechercher, partager, développer, mettre en place et assurer la promotion de solutions écoresponsables applicables dans la restauration et les cafés du Québec. Ils lancent donc le réseau La tasse en 2019 dans le quartier Villeray à Montréal, soit le premier système québécois de gobelets réutilisables consignés et distribués dans plusieurs commerces[9]. Le concept est simple et innovateur : En échange d’un dépôt remboursable de cinq dollars, le consommateur emprunte une tasse réutilisable et peut la retourner dans n’importe quel commerce participant. Aujourd’hui, ce sont près de 400 commerçants au Québec qui adhèrent au mouvement, démontrant ainsi l’efficacité et la viabilité de La tasse. Victime du succès de La tasse, l’OBNL La vague offre désormais des services d’accompagnement et a récemment lancé La boîte, un système de contenants consignés et réutilisables pour le prêt-à-manger, 100% fabriqués et conçus au Québec! Bref, leur mission me tient particulièrement à cœur, ayant travaillé dans le milieu de la restauration pendant une quinzaine d’années durant mes études universitaires. 

Depuis, cette volonté d’adopter un mode de consommation écoresponsable continue de faire son chemin et ce, à l’échelle nationale. Bien que mise en œuvre progressivement, le Règlement interdisant les plastiques à usage unique de 2022 interdit dorénavant la fabrication, l’importation et la vente de six catégories de plastiques à usage unique : (i) les sacs d’emplettes; (ii) les ustensiles; (iii) les récipients alimentaires fabriqués à partir de mousse de polystyrène expansé ou de polystyrène extrudé, de chlorure de polyvinyle, de noir de carbone ou de plastique oxodégradable; (iv) les anneaux pour emballages de boissons; (v) les bâtonnets à mélanger; et (vi) les pailles. À ce propos, plusieurs villes interdisent déjà (ou restreignent) les gobelets et autres plastiques à usage unique. C’est le cas de Montréal, Rosemère, Saint-Lambert, La Prairie, Beloeil, Terrebonne, Mascouche et Mont-Tremblant. Rappelons que le gouvernement fédéral a récemment remporté une victoire devant la Cour d’appel fédérale, laquelle confirme la décision d’Ottawa de 2021 de classer les articles manufacturés en plastique comme étant toxiques. Voilà une bonne nouvelle! Alors que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) prévoit que la pollution plastique mondiale pourrait doubler d’ici 2060, la transition écologique juste et inclusive doit certes continuer… et surtout s’accélérer. 

Crédit photo: La Vague

[1] Cette somme atteint les cinq milliards si l’on inclut l’industrie automobile d’occasion. 

[2] À titre comparatif, ce chiffre équivaut à la consommation d’essence de 50 000 voitures chaque année. 

[3] Chiffres tirés du rapport de Recyc-Québec, lequel est disponible ici : https://bit.ly/4cqsFtZ   

[4] Le visionnement gratuit du documentaire complet est disponible sur la plateforme YouTube : https://bit.ly/3Mu7qwT. Ce projet a été réalisé en collaboration avec l’équipe du Guichet unique pour la transition alimentaire et rendu possible grâce à un financement du Fonds d’action québécois pour le développement durable, dans le cadre du programme Écoemballage+. 

[5] Pour consulter le magazine gratuitement, rendez-vous au : https://bit.ly/4rldqqJ  

[6] L’utilisation du genre masculin a été adoptée afin de faciliter la lecture et n’a aucune intention discriminatoire. 

[7] Chiffres de Radio-Canada (2019). 

[8] Chiffres de La vague

[9] Le site web de La vague précise que la tasse en polypropylène (matériau d’ailleurs facilement recyclable au Québec) n’altère pas le goût comme l’inox, ne conduit pas la chaleur comme le bambou et est plus légère et solide que le verre ou la céramique. 

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