Annie Desrochers est une animatrice d’un balado intitulé Transmission. Dans celui-ci, elle tente d’en apprendre plus sur son grand-père paternel mort, par suicide, lorsqu’elle avait 11 ans. Paul Desrochers était un haut fonctionnaire, proche de Robert Bourassa et principal responsable du grand projet de la Baie-James en 1970. Elle tentera en discutant avec Jean-Claude Rivest, proche de son grand-père, et en partant pour la Baie-James avec trois de ses fils de mieux comprendre l’ampleur du projet et, surtout, son grand-père. Avec l’aide d’un de mes dessinateurs préférés, Christian Quesnel, elle adaptera ce balado en roman graphique qui est publié par écosociété.
La bande dessinée est divisée en deux parties : le projet de la Baie-James et la vie de Paul Desrochers. On lit la première partie en voyageant avec Annie Desrochers et ses fils sur la longue route menant à la Baie-James. La famille nous fait part de ses commentaires, de ses observations et laisse une place importante aux rencontres importantes qu’elle fera, entre autres, la communauté Crie. Bien que les structures hydroélectriques aient permis une relance de l’emploi et une source d’énergie propre et renouvelable, une fierté du Québec, le chantier ne s’est pas fait sans heurts surtout pour les Premières Nations qui en paient, encore aujourd’hui, le prix. Le lecteurice s’extasie devant les images magnifiques de ce Grand Nord, mais reste avec un goût amer sur la façon dont le gouvernement (dont Paul Desrochers) a géré ce projet d’envergure.
La deuxième partie, plus personnelle, relate la vie de Paul Desrochers, un self-made man, parti de rien qui a su travailler fort et gagner la confiance de personnes haut placées. Annie Desrochers interroge son père sur ses souvenirs d’enfance et sur le jour fatidique de l’annonce de la mort. Elle est surprise que son père ait peu de souvenirs de lui, Paul Desrochers était peu à la maison, travaillant pratiquement jour et nuit. Il a été un père sévère à l’opposé du père d’Annie. C’était un homme apprécié de ses collègues, mais qui faisait aussi peur et qui n’hésitait pas à utiliser son autorité pour obtenir ce qu’il souhaitait. Il s’est donné la mort en 1983. Cette section apporte des réflexions sur le legs que nous souhaitons avoir pour la société, mais pour nos enfants aussi. Est-ce que la vie publique est nécessairement inconciliable avec la vie familiale ? L’autrice, au contraire, dans ce balado/roman graphique a plutôt allié les deux sphères et ça apporte un côté très personnel à l’histoire de l’homme derrière la Baie-James.
J’ai tout apprécié de cet ouvrage, le voyage, l’histoire, l’intimité, les réflexions. J’ai particulièrement aimé lorsqu’elle questionne ses fils sur ce qu’il leur reste de ce voyage. Pour l’un, c’est ce territoire immense et presque inchangé depuis des siècles, pour l’autre, la façon dont le gouvernement traite encore les communautés autochtones.
Christian Quesnel a su transformer ce balado en œuvre d’art sans dénaturer le travail d’Annie Desrochers. On entend les différents protagonistes, on voyage avec eux sous les traits magnifiques et uniques du dessinateur. Un roman graphique à se procurer, à lire et à faire lire. Dans l’histoire personnelle de Paul Desrochers se trouve l’histoire collective de la Baie-James qui nous concerne tous.tes.
- Autrice: Annie Desrochers
- Illustrateur: Christian Quesnel
- Maison d’édition: Écosociété
- Date de parution : 15 septembre 2025
Crédit photo: Valérie Ouellet



