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Se perdre une boussole sur le cœur 

Julie Bosman est une autrice déjà bien connue pour les excellents romans Patchée pleine de trous et Pour que demain s’empare de nous, elle nous offre cet automne le tout aussi excellent et très intime Se perdre une boussole sur le cœur.   

Alors que l’autrice perd sa mère après des complications d’une maladie auto-immune qu’elle n’avait jamais dévoilée à ses enfants, la fille tente de mieux comprendre cette mère qui cachait une vie secrète, une vie avant sa deuxième famille dont Julie Bosman fait partie.  

La mère de l’autrice, Lise, a toujours été discrète, bienveillante envers les autres, mais elle cache des secrets « honteux » pour l’époque. Celle-ci a eu un premier enfant avant d’être mariée et, alors qu’elle habite avec le père de l’enfant, ce dernier est violent et tellement contrôlant que Lise décide de fuir alors qu’elle est enceinte d’un deuxième enfant.  

Elle devra, pendant un certain temps, faute de moyens, donner ses enfants à l’orphelinat, elle arrivera à aller reprendre son aîné, mais n’arrivera pas à reprendre son deuxième enfant.  

Ce n’est que beaucoup plus tard que les enfants du deuxième ménage de Lise apprendront que leur grand « frère » Alain est en fait leur demi-frère et qu’il en existe un autre quelque part.   

Julie Bosman restera jusqu’à la toute fin avec sa mère, entourée des amies de cette dernière, des voisines pour la plupart ainsi que sa tante. Mais alors qu’elle tente de mieux comprendre celle qui l’a enfantée, elle trouve très peu de témoins du passé de sa mère. Elle en a pourtant besoin afin de mieux comprendre, de mieux l’aimer aussi.   

Je ne sais rien sinon que personne n’attend ce livre, que personne d’autre que moi ne se demande si j’y travaille bien ou même si j’y travaille tout court. Qu’il sera futile et dépourvu de sens aux yeux d’un monde occupé à s’entredéchirer, à s’autodétruire, à courir à sa perte, à se laisser engloutir par une quantité illimitée de contenu, de choix, d’images.
– P.87  

Ce livre m’a grandement émue, il parle de Lise, mais d’une collectivité de femmes qu’on a tenté de cacher, de faire taire, d’humilier aussi. L’autrice puise dans des lectures féministes sur la mère qui l’ont suivie pendant l’écriture du livre, des autrices qui ont vécu, comme Lise, la honte, la violence, le silence surtout. Les diverses voix s’entremêlent d’une façon magnifique, touchante pour n’en donner qu’une : celle qui souhaite remettre en lumière la force de ces mères, de ces femmes.  

Tous et toutes nous sommes « du côté de cette société qui a réduit ma mère au désespoir. » Tous et toutes nous avons failli à l’aider, nous avons baissé la tête, détourné les yeux; nous nous sommes tus, nous l’avons laissée seule avec ses enfants, sa peur, sa honte.
– P.163  

Je vous encourage fortement à ouvrir ce livre, on y plonge avec émotions pour mieux en ressortir forte, fière des mères. Julie Bosman a écrit ce livre en espérant que Lise s’est pardonnée et qu’elle lui pardonne d’étaler son passé ainsi. Il y a tant de beauté et d’amour dans ce récit que c’est certain qu’elle peut dire : mission accomplie. 

Choisir tout le temps le texte, ça veut dire choisir tout le temps la force, choisir tout le temps la victoire, parce qu’écrire, c’est la victoire, ça ne peut jamais être la défaite […] L’acte d’écrire est un acte de puissance […] À partir du moment où on écrit […], on est dans la puissance, on est dans la force.
– P.238 

  • Autrice: Julie Bosman 
  • Maison d’édition: Leméac 
  • Parution: 3 septembre 2025 
  • Nombre de pages: 272 

Crédit photo: Valérie Ouellet 

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