Naomi Fontaine est une autrice innue que j’adore, elle nous a offert, cet été, son quatrième roman, peut-être son plus personnel jusqu’à maintenant. L’autrice est mère de deux garçons. Elle a habité à Uashat, près de Sept-Îles jusqu’à ses 7 ans, elle est déménagée ensuite avec sa maman dans la ville de Québec où elle a poursuivi des études universitaires en enseignement du français. Peu après, elle commencera à écrire et retournera enseigner à Uashat qui inspirera, entre autres, son premier roman Manikatenish.
Dans ce quatrième roman, Eka Ashate-Ne flanche pas, Fontaine revient sur son enfance à Uashat, son déménagement à Québec et l’impact que ces événements ont eu sur son identité innue. Elle offre aussi un bel hommage à sa mère qui n’a jamais cessé de leur parler en innu-aimun malgré les réticences de ses enfants à apprendre leur langue maternelle. Il faut savoir que la mère de Naomi Fontaine a élevé ses enfants seule tout comme Naomi. Malgré toutes les difficultés, cette mère n’a jamais flanché, elle a toujours tenté d’offrir le meilleur à ses enfants, de conserver cette identité autochtone bien vivante. Elle a pensé à elle, pour la première fois à 60 ans lorsqu’elle a décidé de déménager à Sherbrooke pour étudier dans une école bilingue:
Après les funérailles de sa grande soeur, ma mère est partie. Pour la première fois, seule. Pour la première fois, elle s’est choisie. Elle a choisi sa voie, sa foi, sa vie. Un petit bout de femme brune. De presque soixante ans. De tout son coeur. Partie pour quelque chose de plus grand que son bonheur, que nous.
– p. 26
L’autrice, dans ce récit, rencontre aussi des aînés qui lui raconteront les pensionnats, la discrimination, l’impression qu’être autochtone, c’est être inférieur aux blancs, mais elle découvrira surtout l’importance du petit geste qui sauve ou, du moins, qui permet de résister à l’oppression. Plusieurs témoignages sont extrêmement touchants et permettent aux lecteurices de mieux comprendre les blessures que les gouvernements et que les religieux ont fait subir aux communautés innues.
La résistance, c’est aussi d’arriver à faire rayonner la culture et l’héritage de son peuple. Naomi raconte, avec beaucoup d’honnêteté, l’entreprise immense et l’organisation gigantesque lorsqu’elle a voulu amener ses garçons dans le nord alors que son plus jeune était encore en couches. Ce voyage s’appuyait sur des amis qui l’aideraient rendus à destination. Malheureusement, des ennuis de santé et des problèmes de transport ont retardé le voyage de plusieurs jours. Alors que la jeune maman se décourage, un ami, Jean-Guy lui dira ceci:
Naomi, je sais que tu as trouvé ça dur, les plans qui ont changé. Mais ne te décourage pas. Ce que tu as entrepris dans ton cœur, d’amener tes garçons en forêt, de leur montrer le territoire, fais-le. Eka ashate. Ne flanche pas. Eka Ashate. Fais-le.
– p. 170
Un roman rempli d’espoir, de témoignages touchants et puissants à la fois. Si vous n’avez jamais lu Naomi Fontaine, je vous le conseille vivement. Une écriture fluide qui arrive à nous faire comprendre bien des choses tout en nous berçant.
- Autrice: Naomi Fontaine
- Maison d’édition: Mémoire d’encrier
- Parution: 4 août 2025
- Nombre de pages: 180
Crédit photo: Valérie Ouellet



