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Pas dire

À Paris, dans les années 80, le narrateur raconte la douleur de l’épidémie silencieuse qui fait rage et décime ses proches. Entre espoirs et souvenirs fragiles, il explore l’indolence du quotidien. Sexualité, violence, négation de soi et rejet : chacun fait de son mieux pour se sortir de ses dynamiques néfastes et, peut-être, échapper à la mort, sinon à la souffrance de l’absence.

Dans ce magnifique court roman qu’est Pas dire, Baptiste Thery-Guilbert joue avec les conventions de l’écriture : le récit commence par la fin et nous découvrons l’histoire en sens inverse, remontant le fil du temps. C’est audacieux, déstabilisant. C’est la chute d’un homme qui s’enlise entre un passé douloureux et un présent abstrait, face à une maladie taboue. Peine d’amour, rapports sexuels francs ou sensibles, questionnement sur l’homosexualité, l’acceptation, la solitude… dans un rapport au temps mouvementé et heurtant, on est face ici à la douleur franche et sans compromis de celui qui se perd dans l’angoisse sans lendemain du sida.

J’ai peur d’oublier, de tout oublier. Pour beaucoup de choses, je suis le seul à en avoir le souvenir. Lui ne se souvient de rien, il ne veut pas. C’est ma responsabilité de me souvenir, dans les moindres détails, sans faire d’erreurs. Je cherche l’exactitude et c’est aveuglant. Maintenant je suis un voleur. Le récit de cette histoire ne m’appartient pas exclusivement, je lui vole sa partie, sa version, sans son consentement. Il n’est plus là pour consentir à quoi que ce soit. Le déposséder de toute velléité d’exposer sa conception des choses. Le dépouiller. Je l’ai spolié.

– p. 12

Dans un style incroyable de justesse, Baptiste Thery-Guilbert partage un regard franc sur un quotidien entaché par la maladie et la haine de soi. La douleur est palpable dans la succession de phrases chocs qui envahissent le récit. Certains prénoms sont offerts aux lecteurs, mais le principal, l’amant qui refuse de dévoiler sa sexualité à son entourage, est biffé constamment. Alors qu’il est omniprésent dans l’histoire du narrateur, il est effacé, invisibilisé. Et comment se souvenir d’un être qui n’a pas de nom ? Au-delà de la maladie, Thery-Guilbert nous parle de mémoire et de tolérance dans un récit qui ne manquera pas de vous marquer.

À lire !

  • Auteur : Baptiste Thery-Guilbert
  • Maison d’édition : Annika Parance Éditeur
  • Date de parution : 2021
  • Nombre de pages : 109

Crédit photo : Annick Lavogiez

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