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L’avenir

Fort-Détroit a été conquise par Cadillac en 1701 et ses habitants y parlent donc encore français. Détruite par le temps et les comportements abusifs et violents des hommes, cette ville est obscure, désabusée, désorganisée, victime d’un tragique désastre écologique et humain. La nature reprend lentement, mais surement, ses droits. Gloria s’y rend pourtant pour occuper la maison de sa fille Judith, récemment décédée, et retrouver ses petites-filles, disparues. Elle va faire la connaissance de tout un voisinage d’entraide et de soutien, et chacun de ces étranges personnages qui font tout pour survivre vont la soutenir dans sa quête, lui permettant d’affronter de dures réalités… 

En chemin, elle pense aux villes qu’elle a connues. Aucune ne ressemble à celle-ci. Aucune, réalise-t-elle, n’est aussi honnête. Constamment surveillées, restaurées, rajeunies, les autres villes entretiennent la fable de l’immuabilité : les constructions humaines sont éternelles. À Fort Détroit, ce mythe n’existe plus. L’impermanence des objets, leur fragilité face aux éléments crève les yeux. La chaussée disparait par morceaux, les trottoirs se désagrègent. Les troncs dénudés qui soutiennent les fils électriques se couvrent d’une vie nouvelle qui grimpe et se greffe au bois poreux. Les maisons sont éventrées, écartelées par le feu et l’abandon. La nature revient les posséder; elles se laissent dévorer. 

 – p. 17

À côté de la ville, et pourtant en son cœur, dans le Ravin, vit une communauté d’enfants abandonnés, enfuis, pauvrement vêtus, affamés, solidaires. La violence est leur fruit quotidien, mais aussi l’entraide, la proximité, et le tout dans une conscience réaliste de la violence des autres, ceux qui vivent en ville, ceux par qui le désastre est arrivé, ceux qui ont grandi. 

On ne sait rien jusqu’à ce qu’on sache. On ne comprend pas jusqu’à ce qu’on puisse. L’avenir s’invite, tout petit, presque muet dans nos mains, puis il prend toute la place. L’avenir chuchote notre nom, à l’insu des autres, il souffle sur notre sommeil une incitation à la prescience, « Cassandra ». 

– p. 304 

L’avenir est un roman dense, questionnant, porté par une certaine bienveillance malgré la thématique et l’ambiance plutôt sombre. En fait, c’est presque un roman lumineux par la force des relations humaines qui s’y développent… et la qualité du texte! On y assiste à la reconstruction des relations sociales après le désastre, on y comprend les difficultés de l’enfance, du passage à l’âge adulte, de la perte et du deuil de ceux qu’on aime et qui s’autodétruisent.  

Définitivement un excellent roman écrit par l’ancienne journaliste et présentement traductrice, éditrice et autrice, Catherine Leroux, qui a publié plusieurs romans (La marche en forêt, Le mur mitoyen, Madame Victoria) pour lesquels elle a reçu notamment les Prix France-Québec, Scotiabank Giller, Adrienne-Choquette.  

  • Titre : L’avenir 
  • Autrice : Catherine Leroux  
  • Maison d’édition : alto 
  • Nombre de pages : 317 
  • Parution : automne 2020 

Crédit photo : Annick Lavogiez 

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