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Prendre le large jusqu’à plus soif

La femme qui fuit et pinceaux

La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette est le troisième roman de cette auteure québécoise unique. Deux romans ont précédé celui-ci, soit Je voudrais qu’on m’efface et Embrasser Yasser Arafat.

Quoique qualifié de roman, La femme qui fuit tient presque du récit, car il porte sur les marques indélébiles qu’a laissées derrière elle Suzanne Meloche, grand-mère de l’auteure et mère de Manon Barbeau, cinéaste. On suit la vie d’une artiste, d’une rebelle, à l’heure où un mouvement de rébellion commence à animer le Québec de l’ère duplessiste.

On pourrait croire que ce livre a été écrit d’un seul souffle, d’une seule longue phrase que l’auteure adresse directement à sa grand-mère en utilisant le temps présent, le tutoiement qui joue par moment avec les limites du mode impératif. Le ton et la voix choisis par Anaïs Barbeau-Lavalette sont d’une puissance et d’une efficacité rares, et servent très bien à dépeindre les cicatrices laissées sur des enfants que leur mère abandonne volontairement.

C’est un roman au souffle court, aux phrases brèves où chaque page ou presque forme un chapitre. Le rythme est rapide et la dualité y est présente partout : amour/haine, apparition/disparition, bonheur/souffrance, plaisir/douleur, douceur/violence, liberté/oppression, plénitude/vide. Ces états, subtilement parsemés par l’auteure, nous font découvrir sa grand-mère, mais aussi toute une époque et ceux qui ont marqué leur temps. Des artistes aussi importants que Riopelle, Borduas et Maurice Barbeau, mari de Suzanne Meloche et père de ses enfants.

C’est un tour de force que réussit Anaïs Barbeau-Lavalette. Un voyage en enfer pour dire tous les mots qui n’ont jamais eu le droit d’être prononcés. Inévitable d’oublier que l’auteure parle de sa propre vie, des douleurs intimes qu’elle et sa mère portent.

Troublant, touchant, cru et violent à la fois, le ton n’est toutefois jamais larmoyant. Il met les points sur les i. On peut deviner les larmes qui ont peut-être accompagné ce nécessaire voyage dans le temps. On se surprend même à avoir envie de les verser nous-mêmes en lisant certains passages brillamment écrits.

En terminant la lecture, j’étais bouleversée. Incapable de sortir du livre. Je n’avais qu’une envie, retourner à la première page et relire La femme qui fuit.

 

  • Auteur du livre : Anaïs Barbeau-Lavalette
  • Nombre de pages : 378
  • Date de parution : 2015
  • Éditeur : Éditions Marchand de feuilles
  • Provenance du livre : Renaud-Bray

 

Crédit photo: Françoise Conea

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2 Commentaires

  • Répondre
    Johanne Ross
    19 novembre 2016 à 12:50

    Tu m’as donnée le goût de lire ce livre ma chère!

    • Sandra
      Répondre
      Sandra
      28 novembre 2016 à 8:10

      Merci Johanne! On ne peut rester indifférentes à un thème comme celui-là. Bonne lecture!

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