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Ma quête

Ma quête

D’entrée en matière, je tiens à indiquer que je ne crois pas être plus enclin que la moyenne des ours aux pensées morbides; toutefois, je dois admettre une proximité, une familiarité même, avec la mort qui font qu’elle occupe une part de mes journées et une grande place dans mes souvenirs en même temps qu’elle anime le choix de certaines de mes lectures.

Ainsi, depuis l’année fatidique, pour moi, l’année 1989, je tente encore et à nouveau et toujours à comprendre ce qui a pu se passer pour que la déferlante du sida s’abatte sur nous et emporte avec elle, cette même maudite année, deux des êtres qui m’étaient les plus chers.

Cette recherche et cette volonté féroce de savoir m’a amené, dans un premier temps, à lire et relire (3 fois!) le And the band played on de Randy Shifts, paru en 1987 (St. Martin’s Press).  Malgré l’histoire malheureuse et erronée du foutu « patient zéro », l’agent de bord québécois Gaétan Dugas, cet ouvrage était, à l’époque, le seul dont je connaissais l’existence qui tentait de brosser, tel un film choral, un portrait à plusieurs voix de l’inéluctable impact et l’inexorable progression de l’épidémie.

Puis, beaucoup plus récemment, en 2011, pendant la dernière année de ma « glorieuse » carrière à la Bibliothèque nationale du Canada, j’appris l’existence d’un ouvrage d’un docteur de l’Université de Sherbrooke, Jacques Pépin, vétéran de la recherche sur le terrain, en Afrique, et professeur spécialisé en microbiologie et maladies infectieuses, The origins of AIDS (Cambridge University Press).  Ce livre, malgré des masses de tableaux statistiques et l’inévitable jargon scientifique, fut et demeure une illumination.  Sans être, évidemment, en mesure de comprendre toutes les nuances et les subtilités de la recherche épidémiologique, pour moi, le Dr Pépin présente de façon extrêmement convaincante, l’histoire, l’évolution et le contexte du virus qui allait, bien des décennies plus tard, s’amener sur nos côtes (et ravageant de façon monstrueuse tous les recoins de la planète).

Finalement, tout récemment, j’apprends que l’auteur du documentaire How to survive a plague, David France, vient de publier un ouvrage sous le même titre (Signal, 2016).  Cette fois-ci, l’angle utilisé est celui des activistes, que ce soit ceux de People with AIDS ou encore ceux de ACT-UP, qui, souvent par des actions d’éclat, ont forcé les agences gouvernementales américaines ET les conglomérats pharmaceutiques à enfin reconnaître l’horreur et la désolation qui sévissaient pendant la première décennie (et plus!) de l’épidémie, à s’y confronter, à s’y impliquer et à accélérer la mise en marché des quelques médicaments alors disponibles et qui, plus encore, furent invités à siéger dans ces sanhédrins auxquels le commun des mortels n’a jamais accès.

Il y aura aussi, au mois de juin prochain, la parution d’un livre de Richard McKay, historien à Cambridge, Patient zero and the making of the North American AIDS epidemic (University of Chicago Press).  Je puis vous assurer qu’il fera partie de ma liste de lecture!

Il y a aussi, par ailleurs, des dizaines d’autres titres, de tous genres, qui m’ont accompagné et ont apporté leur lumières et leur consolation; je voulais simplement m’en tenir aux ouvrages qui avaient joué le plus grand rôle dans cette quête toute personnelle.

Je crois que ces lectures ont (presque) permis de calmer la rage que je ressens encore en pensant à l’absence de mes très chers disparus et font, sans l’ombre d’un doute, partie d’un devoir de mémoire, amer et nécessaire, pour moi.

 

Crédit photo : Luc Simard

 

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