Littérature québécoise Quoi lire?

Le Nord du père

Les murailles

Véritable événement de la rentrée littéraire québécoise de 2016, le premier roman de la jeune poète Nord-Côtoise Érika Soucy, Les Murailles, apparaissait sur bon nombre de ces fameuses listes-de-lectures-les-plus-marquantes-que-nous-nous-devons-de-lire-sous-peine-de-passer-à-côté-de-notre-vie qui pullulent vers la fin décembre (et dont je dois avouer dévorer goulument). La prémisse du roman, soit une jeune auteure qui décide de se rendre à La Romaine pour comprendre les réelles motivations des hommes de sa famille d’aller y travailler, me laissait véritablement de glace. Il aura fallu que je lise l’appréciation de Fabien Cloutier en quatrième de couverture pour me convaincre à plonger dans ce monde rude composé de neige, de vent, d’alcool, de grues et d’hommes ayant laissé derrière eux pour quelques semaines, voire parfois des mois, des enfants et une femme. Si Fabien Cloutier, dont j’apprécie la vivacité d’esprit, a adoré, je devrais y trouver mon compte. Je le sais, c’est plutôt primaire comme réflexion, mais que voulez-vous, je suis à ce point influençable.

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Durant les dix jours où elle se retrouvera en contact avec ce père qu’elle a peu connu et avec tous ces hommes pour qui le Nord est une véritable drogue, elle tiendra un journal adressé à son amoureux où elle rend compte de cette vie en vase clos, de ces chantiers mis en place pour donner de la job alors que ceux qui y travaillent parlent plutôt de nécessité pour l’essor du Québec, de toutes ces discussions bien arrosées où les travailleurs ressassent les mêmes histoires, mais surtout de ses tentatives pour se rapprocher de ce père devant lequel elle a érigé toutes ces murailles depuis tant d’années.

Le choix qu’a fait Soucy d’écrire ce roman sous forme orale ne m’a pas particulièrement plu. En fait, j’avoue avoir été parfois agacée par cette oralité qui se trouvait non seulement dans les dialogues, mais dans la narration. J’y voyais là une surcharge inutile. Heureusement, la poète n’était jamais très loin et elle a une voix très forte :

En quinze poèmes, j’ai écrit l’ordinaire, le vide. J’ai parlé des murs ; les deux sortes de murs. Ceux qui s’imposent entre le Nord pis la vraie vie, pis ceux qu’on érige en soi, une roche après l’autre, tout le long de la run.

Malgré ce bémol, j’ai été charmée par l’authenticité de la démarche de l’auteure. J’y ai découvert une vie à mille lieues de la mienne tissée de non-dits, de blessures profondes, mais aussi de quiétude et de fraternités. Au bout de sa quête pour comprendre son père, elle en arrivera à la conclusion qu’elle n’aurait pas fait mieux que lui dans les mêmes circonstances. Les Murailles est un roman coup-de-poing empreint de tendresse que vous vous devez d’ajouter sur votre liste-de-lectures-des-romans-sortis-en-2016-mais-que-vous-dévorerez-en-2017.

  • Auteur : Érika Soucy
  • Nombre de pages : 151 pages
  • Date de parution : février 2016
  • Éditeur : VLB Éditeur
  • ISBN : 9782896496730

Crédit photo : Karine Villeneuve

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