Nouveauté

Poésie d’automne  

J’ai eu récemment la chance de débuter l’automne avec quatre recueils de poésie complètement différents dans leurs thèmes et dans leur style. Je vous laisse les découvrir.   

Incante : Manifeste  

Autrice maintes fois primée, Audrée Wilhelmy a une écriture bien à elle et son premier recueil de poésie n’échappe pas à cette unicité qui mélange le conte, la sororité, la sensualité et la désobéissance. Incante est un court recueil de poésie que l’on dévore. L’autrice manie la plume d’une façon extraordinaire, elle manie les mots anciens, savants d’une façon qui amène les lecteurices à entrer dans son univers complètement envoûtant.  

Plusieurs passages de ce recueil m’ont enchantée, percutée tels que ceux-ci :   

 avance  
rage  
jusqu’au pays des fentes  
arpente le chemin rauque  
onze mille neuf cent soixante-dix pas  
autant d’échafauds
p.25  

Ou sur une double page   

désobéis  
assume  
compte les têtes  
qui roulent  
sous les diadèmes de pacotille  
sois monarque  
pensante  
indomptée  
règne  
d’une puissance équitable  
sois celle qui fléchit les routes  
aplanis les périls  
arase-les  
pour les chevilles  
de celles qui te suivront
p.35  

Ce que j’aime avec l’écriture de Wilhelmy, c’est l’impression qu’elle s’adresse à moi, mais aussi de tenir entre les mains une prose précieuse qui vient d’un autre temps, qui serait transmis de générations de femmes à d’autres générations de femmes. L’idée qu’un jour, je donnerai ces livres à ma fille comme cadeau à chérir. En attendant, je vous conseille ce magnifique recueil qui inspire.  

  • Autrice : Audrée Wilhelmy  
  • Maison d’édition : Leméac  
  • Parution : 24 septembre 2025  
  • Nombre de pages : 96  

Réorigine des espèces  

Réorigine des espèces est un recueil de poésie et un essai à la fois. L’autrice, Alessandra Naccarato, nous sensibilise à la destruction des écosystèmes causée par les changements climatiques. Le recueil englobe plusieurs espèces d’animaux, de mammifères marins et d’insectes. Certains poèmes se veulent plus symboliques alors que d’autres rapportent une réelle histoire. Il s’agit d’un livre unique qui se lit lentement. J’ai adoré certains passages alors que j’ai eu l’impression de ne pas en comprendre d’autres. Une chose est certaine, Alessandra Naccarato réinvente le genre, déboussole le lectorat. Je vous laisse sur un extrait qui m’a profondément touchée :   

SEMENCES-SUICIDES  

Nous nous sommes engagés à ne pas 
Commercialiser de graines stériles.  
Nous maintenons fermement cet  
engagement.  

MONSANTO  

Dans chaque graine, il y a une autre graine,  
C’est notre infini le plus proche. Sauf certaines semences  
Dans les essais privés, étiquetées recherche et développement. L’oncle d’une amie a suivi  
Ses champs, au marché, chez le coroner.  
Son corps en guise de remboursement : peau bleutée  
De poussière d’épandage, sa vie réhypothéquée deux fois.  
Les technologies génétiques restrictives empêchent  
La duplication des graines, pas la soustraction. Plus de fermiers que d’anciens combattants s’enlèvent la vie;  
Le taux de suicide le plus élevé, tous métiers confondus.   
L’héritage se transmet puis s’arrête […]
– p.49 

  • Autrice : Alessandra Naccarato  
  • Traductrice : Keltie Robertson  
  • Maison d’édition : Les Herbes Rouges  
  • Parution : 26 septembre 2025  
  • Nombre de pages : 120   

Tendresses

La réputation d’Hugues Corriveau comme écrivain n’est plus à faire, ce dernier a publié, au fil du temps, plus d’une cinquantaine d’ouvrages : romans, essais, nouvelles et poésie.  

 C’est dans ce dernier format que nous le retrouvons avec Tendresses publié aux éditions du passage. Dans ce recueil, le poète raconte les derniers moments des enfants avec leur mère sur son lit de mort. Plus que la peine, nous retrouvons comme thèmes : la complicité, la fratrie, l’enfance heureuse, l’urgence de vivre. Chaque poème s’illustre comme une fenêtre sur un souvenir alors que la mort rôde. Avec une poésie plus classique, Hugues Corriveau réussit à parler du deuil, des derniers instants de vie avec beaucoup de tendresses.   

Doucement, le sombre, doucement  
dans le fracas des choses. Une joie  
lente passe du sommeil au retour  
de la pensée. Friable, oblique,   
la certitude reparaît. Elle est vive.  
De chaleur, reculée au fond de l’esprit,  
elle éclaire les doutes et les craintes.  
Il faut vivre. On se doit d’être.  
Exactement. p.76  

  • Auteur : Hugues Corriveau  
  • Maison d’édition : les éditions du passage  
  • Parution : 24 septembre 2025  
  • Nombre de pages : 90  

Paysage de savoirs sombres  

Contrairement à son collègue Hugues Corriveau, Raphaëlle Auer est une nouvelle voix dans la poésie québécoise. Elle livre ainsi son premier recueil, toujours aux éditions du passage.   

L’autrice décide d’aborder de front la douleur du corps et de l’esprit, un peu à la façon d’un journal d’observation, le narrateur se penche sur son corps, ses souffrances, ses transformations douloureuses ainsi que ses émotions découlant de cette douleur lancinante, brutale.   

D’une longue nuit  
De bruissements  
D’impatience  
La violence nait quelque part  
Qui lésine  
Qui arrache  
Qui disloque
– p.46  

Je ne saurais dire pourquoi, mais j’ai moins connecté avec le recueil pourtant bien écrit et juste. J’ai trouvé difficile de trouver un fil conducteur, un lien entre les poèmes courts et vifs. Je resterai toutefois bien à l’affût des prochaines parutions de l’autrice, on ne sait jamais.   

  • Autrice : Raphaëlle Auer  
  • Maison d’édition : les éditions du passage  
  • Parution : 25 septembre 2025  
  • Nombre de pages : 88  

Crédit photo : Valérie Ouellet  

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