Bande dessinée

Voyage au pays des khmers rouges

Voyage au pays des khmers rouges

Cambodge, avril 1975.  Pol Pot et ses khmers rouges prennent le pouvoir au terme d’années de guerre civile et d’impérialisme américain.  Le nouveau régime appelé Angkar dit vouloir instaurer la paix, stabiliser le pays et redonner le contrôle du Cambodge aux cambodgiens.  Plutôt qu’un sauveur, Pol Pot s’avère être un despote sanguinaire qui  instaure alors une des dictatures communistes les plus violentes que le 20e siècle ait connu.  Camps de travail, déplacements forcés de population, séparation des familles, exécutions sommaires, tout y est.  Et cela durera jusqu’en 1979, année durant laquelle le Vietnam envahira le Cambodge, le libérant ainsi de l’emprise des khmers rouges, mais laissant le pays dans le chaos.

Né trois jours avant la prise de Phnom Penh, capitale cambodgienne, l’auteur de talent Tian nous propose une incursion non seulement dans l’histoire de sa famille, mais dans celle d’un peuple en entier.  Dans sa trilogie L’année du lièvre, il nous présente ses parents, Khim et Lina, leur petit garçon Chan et leurs proches.  Le récit imagé de leur quotidien sous les khmers rouges nous bouleverse à mesure qu’on les voit sombrer dans la peur et la désillusion.  Tian nous invite également dans la tête de ses personnages et traduit parfaitement la méfiance et le désabusement qui s’empare des protagonistes, écrasés par un régime totalitaire qui espionne, surveille et traque ses propres citoyens.  Le ton est juste.  On ressent l’ampleur de la misère, mais également l’espoir et la force qui habite les personnages.  Soulignons d’ailleurs le travail colossal de recherche de l’auteur qui arrive, par le cumul de scènes du quotidien et du parcours d’une famille, à brosser avec grande justesse et précision le portrait d’une époque.

Au début de ma lecture, j’avais une opinion plutôt mitigée quant à la facture visuelle de l’œuvre. La coloration dans les tons de bruns et de kakis que j’avais d’abord trouvée terne s’est avérée être un choix artistique efficace permettant au lecteur de s’imprégner de l’atmosphère austère et morose qui semblait régner à l’époque. De plus, plusieurs personnages m’ont semblé être trop semblables visuellement et la trame narrative manquait parfois de fluidité.  Toutefois, ces quelques imperfections n’occultent en rien la qualité globale de l’œuvre.

Contrairement à d’autres conflits armés du 20e siècle tels que la Première et Deuxième Guerre mondiale ou encore la guerre du Vietnam, le conflit au Cambodge a, à ma connaissance, peu fait l’objet d’œuvres de fiction (films, séries, romans, etc.).  Cela a pour impact que cette sombre page de l’histoire est mal connue du grand public et qu’elle occupe peu de place dans notre mémoire collective.  Si, comme moi, votre connaissance de l’histoire du Cambodge est limitée, la bande dessinée en trois tomes de Tian saura à la fois vous émouvoir et vous éduquer.

 

Crédit photo: Marie-Hélène Legault

 

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