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Ver d’oreille

La critique est dithyrambique. Les éloges pleuvent sur le dernier roman de Leïla Slimani intitulé Chanson douce. C’est auréolé du prix Goncourt 2016 que cette œuvre atterrit sur ma table de chevet. L’adolescente en moi tente de se convaincre qu’elle détestera puisque d’aucuns ont aimé, que dis-je, adoré. Je me méfie des romans qui font l’unanimité. En fait, je dois me l’avouer, je crains de ne pas être en mesure d’apprécier un Goncourt et je brûle de jalousie à l’idée qu’une auteure d’à peine 35 ans mérite ces honneurs. Je m’attable donc devant ce livre armée de toutes mes résistances.

Dès les premières lignes, je suis captivée, que dis-je, envoûtée par l’histoire qui m’est proposée, soit celle d’une famille française qui, à la suite de la décision de la mère, Myriam, de retourner sur le marché du travail après la naissance de ses deux enfants, accueille sous son toit une nounou, Louise. Une relation de dépendance s’installe de part et d’autre qui se soldera par un drame.

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L’histoire, tirée d’un fait divers, est un prétexte pour sonder les méandres de la psychologie des deux personnages féminins principaux. La force de ce roman réside justement dans la plongée en apnée que nous offre l’auteure dans le monde intérieur de ses personnages. Et j’ai eu parfois la vive impression d’étouffer tellement les descriptions étaient bouleversantes de véracité. J’ai eu souvent envie de fermer les yeux tant les images évoquées étaient fortes. J’étais une spectatrice impuissante devant le drame humain qui se jouait devant moi. Je comprenais les motivations des personnages, ils m’ont tous touchée à leur manière. La plume de Slimani est lacérée, un vrai couteau chirurgical qui met à nu ce qu’il y a de plus laid et de plus lumineux chez l’être humain. Il n’y a pas un mot de trop dans cet ouvrage. J’y ai lu des phrases fortes sur la maternité : « Elle se sent sentimentale tout à coup. C’est ça qu’être mère a provoqué. Ça la rend un peu bête parfois. Elle voit de l’exceptionnel dans ce qui est banal. Elle s’émeut pour un rien » et d’autres sur la solitude qui me donnent envie de me rouler en boule et de pleurer : « À 16 heures, les journées oisives paraissent interminables. C’est au milieu de l’après-midi que l’on perçoit le temps gâché, que l’on s’inquiète de la soirée à venir. À cette heure, on a honte de ne servir à rien. »

La lecture de Chanson douce me hantera encore longtemps. Des thématiques contemporaines importantes y sont abordées de front : la réalité des sans-papiers, les nounous qui se substituent aux mères, la solitude, la violence entre les hommes et les femmes, notamment. Une lecture que je qualifierais, sans ambages, de nécessaire.

 

  • Auteur : Leïla Slimani
  • Nombre de pages : 227
  • Date de parution : mai 2016
  • Éditeur : Gallimard
  • Provenance du livre : Librairie de Verdun

Crédit photo : Karine Villeneuve

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3 Commentaires

  • Répondre
    Florence Zampieri
    23 janvier 2017 à 11:25

    La beauté et le tragique de ce roman résident aussi, profondément, dans les sentiments d’abandon et de détresse vécus par la nounou qui n’a que cette famille à laquelle elle veut devenir indispensable… Son isolement, son passé et sa folie sont les axes autour desquels se forge le drame.

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    Elise Pedneault
    23 janvier 2017 à 11:46

    Qu’elle est belle et bien écrite, cette critique! Bien que j’e n’aie pas partagé votre enthousiasme à lire le Goncourt 2016, je dois tout de même avouer que c’est un roman réussi qui ne laissera personne indifférent.

    J’ai bien hâte de lire votre prochaine critique, chère Madame!

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    Micheline Therrien
    24 janvier 2017 à 12:07

    Je suis d’accord avec vous. Ce livre m’a tenue en haleine jusqu’à la fin et la psychologie des personnages est ciselée de façon magistrale. À lire absolument !

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