Littérature québécoise

Une vie à maquiller la mort

l'embaumeur

Des enfants jouent à la cachette dans une ruelle. Un frère et une sœur trop bien cachés dans un vieux frigo abandonné. Des heures à compter alors que les deux petits corps s’éteignent, asphyxiés. Détail à retenir : les réfrigérateurs ne s’ouvrent pas de l’intérieur. Cette histoire bouleversante qui frappe l’imaginaire, qui prend littéralement à la gorge n’est qu’un des nombreux récits narrés par le père de l’auteure qui a œuvré durant plusieurs années comme embaumeur. Les morts se succèdent dans ce court roman, mais ne se ressemblent pas : des suicidés, des noyés, des grands malades, des soldats, des filles violées, des grands brulés, etc. Une vie professionnelle passée à côtoyer la mort et son absurdité.

Anne-Renée Caillé signe un objet littéraire singulier composé de conversations avec ce père qui est fasciné par la mort depuis toujours. Il ne s’agit pas d’un texte ponctué de questions et de réponses, ce qui aurait été plutôt ennuyant, mais d’un réel travail d’écriture, d’orfèvrerie où chaque phrase, aussi courte soit-elle, semble avoir été minutieusement travaillée et les mots, amoureusement choisis. Il y a toutes ces morts, mais il y a aussi la vie de son père passée à maquiller la mort pour qu’un soupçon de vie s’en échappe avant la mise en terre, la mise en cendre. L’auteure parle de son père à travers la fréquentation de la mort, elle parle bien sûr de la mort et un peu d’elle-même.

J’ai été fascinée par ce court récit et le fait d’y repenser encore plusieurs journées après la dernière page tournée est un indicateur de la force évocatrice qui transcende les cas présentés. J’aime réfléchir à la mort puisque, bien entendu, elle fait partie de la vie, et ce livre aura participé à alimenter ma réflexion sur ce passage obligé. En me souhaitant une mort moins spectaculaire!

  • Auteur : Anne-Renée Caillé
  • Nombre de pages : 102
  • Date de parution : 8 février 2017
  • Éditeur : Héliotrope
  • Provenance du livre : Bibliothèque privée de Brigitte Sauvé
  • crédit photo : Karine Villeneuve

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