Poésie Quoi lire?

Uiesh (Quelque part)

Uiesh (Quelque part)

Il y a de ces grands auteurs dont on a peur de lire leur prochain livre par crainte d’être déçus. Joséphine Bacon, autrice amérindienne qui n’a plus besoin de présentation, fait partie de cette catégorie. Tout ce que j’ai lu d’elle a fait vriller mon cœur, de telle sorte que j’appréhendais sa prochaine sortie. Et si cette fois n’était pas comme les autres? Comment pourrait-elle à nouveau m’émouvoir?

Dans Uiesh (Quelque part) ses poèmes sont larges et pleins d’espoir, succincts et impatients. En peu de mots, Joséphine Bacon, vieillissante, revendique sa présence, pointe le déni, refuse de mourir malgré les silences. Comme une ancêtre, c’est à son tour de se mettre de l’avant, de faire du bruit et se donne enfin droit à la transmission.

 

J’existe dans les mots que j’écris / Je me bats dans une colère tranquille / Ma douleur ne se raconte pas / Ma bataille succombe

Je vais au bout de la nuit / Pour trouver la meilleure version de moi

M’atteindre / Où je me conte

Tu ignores que j’existe

Je meurs dans un mot

 

Malgré son inscription dans l’écriture, elle vogue. Elle habite la ville qui pourtant la déserte, l’aliène et a toujours le regard tendu vers l’horizon de ses racines. Les pieds dans le béton, elle demeure habitée par la terre immense de ses ancêtres. Mais au fil des poèmes que l’on déplie, elle rêve le territoire, le nomme et ainsi, le fait advenir en nous l’offrant. Et c’est majestueux.

 

Tu t’accroches à une jupe invisible / Tu doutes de l’existence / Des mots racontent / Ton manque d’amour

Tu es fils d’une terre / Qui t’abandonne

Pour te connaître / Tu t’évades / Une rivière patiente ton retour

 

  • Autrice : Joséphine Bacon
  • Nombre de pages : 125 pages
  • Date de parution : septembre 2018
  • Éditeur : Mémoire d’encrier
  • ISBN : 978-2-89712-541-7

 

Crédit photo : Caroline Dawson

 

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