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Traine toujours des mouchoirs avec toi

N'essuie jamais de larmes sans gants

Mes parents sont nés à une époque où les homosexuels étaient considérés comme des criminels et des malades mentaux. Je suis née à une époque où ils ne sont considérés que comme des malades mentaux (sarcasme!). Deux générations, un peu d’évolution. Soit. Je tiens à préciser que je ne suis pas si vieille que ça, que cette époque n’est pas si lointaine, que ce qu’on croit acquis comme évolution de mentalités ne l’est pas toujours malgré des lois qui protègent mieux les droits de chacun.

N’essuie jamais de larmes sans gants

Cette histoire est bouleversante et grandiose. Elle raconte les tribulations de deux jeunes hommes à peine sortis de l’adolescence, « différents » dans leur communauté respective : l’un dans un petit bled perdu de Suède; l’autre dans sa famille de Témoins de Jéhovah vivant dans la capitale. Ils se rencontreront à Stockholm en 1982, s’aimeront, militeront, souffriront et perdront beaucoup d’amis aux mains d’une maladie encore inconnue. Au passage, ils devront aussi redéfinir le mot « famille ».

C’est une histoire bien documentée sur l’homosexualité en général – j’ai appris par exemple que durant la Deuxième Guerre mondiale, en Allemagne, les homosexuels étaient envoyés dans les camps de concentration! – la vie des homosexuels suédois en particulier et l’épidémie du sida qui a frappé sans préavis.

C’est surtout une histoire d’amours et d’amitiés, de liberté, de tabous, de tolérance, d’intolérance, d’impuissance, de résignation… C’est une histoire si lumineuse et si sombre à la fois. Les premiers séropositifs étaient contraints à l’isolement, des médecins et des dentistes refusaient même de les soigner. Il ne faut pas oublier que le VIH a pris tout le monde par surprise à l’époque y compris la communauté scientifique. Encore aujourd’hui, les personnes séropositives sont interdites de séjour dans plusieurs pays.

D’une immense humanité, ce roman doit être lu. Pour ne pas oublier ou pour savoir. Peu importe puisque, qu’on soit jeune ou vieux, pas si jeune ou pas si vieux, ce roman est un devoir de mémoire.

 

  • Auteur : Jonas Gardell
  • Titre : N’essuie jamais de larmes sans gants
  • Date de parution : Mai 2018
  • Éditeur : Alto

Crédit photo : Caroline Émond

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