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Thelma, Louise & moi

Thelma, Louise et moi

Thelma, Louise & moi nous présente le film à la fois comme point de départ, comme trame narrative et excuse pour l’écriture. Martine Delvaux fait ainsi continuellement dialoguer son expérience et le contexte plus large dans lequel cette dernière prend racine. Ce faisant, elle réussit à transcender sa propre histoire et même celle de Thelma et Louise, pour nous raconter une période de l’émancipation chancelante des femmes.

L’essai pourrait donc être décrit comme un va-et-vient entre les expériences, les rêves et la lecture du film par l’autrice. Ce n’est donc pas à proprement parler une analyse du film, mais une promenade sur les sentiers des réflexions que Thelma & Louise suscitent chez elle. En décrivant les scènes, c’est sa propre histoire qu’elle écrit. Un peu comme elle nous a habitués dans son essai sur Nan Goldin, elle en rend compte en décortiquant l’horizon social et politique dans lequel s’inscrit sa réalité.

Je remets le film pour revoir la scène du bar, et comme chaque fois que je le fais pour me remémorer l’enchaînement, vérifier la traduction en français, la critiquer et trouver d’autres mots, me pencher sur un détail dans le jeu des actrices, je ressens quelque chose comme du bonheur. Écrire sur le film, suivre le chemin du film pour trouver le chemin de l’écriture. Le tracer, comme sur une carte routière, avant, pendant et après le voyage.

Martine Delvaux ne nous mène pas sur une route linéaire, mais fait sans cesse des détours, revient en arrière, revisite les mêmes souvenirs. L’écriture est sinueuse, découpée finement comme des clins d’œil aux images qui l’habitent, comme si elle nous offrait habilement un montage des gros plans de son vécu qui se transformaient sous nos yeux en des scènes du film de sa vie.

Cette vie et celle où elle a continuellement tenté de se libérer. Delvaux fait en quelque sorte la recension de ses démons et de ses peurs, mais en montrant bien qu’ils prennent racine dans la violence subie quotidiennement par les femmes. Et c’est là où l’essai est brillant : non seulement l’autrice arrive à faire de la culture pop un sujet d’étude sociologique, mais aussi un récit personnel au moins autant qu’un véritable révélateur de l’évolution de la société, notamment en ce qui concerne la situation des femmes et du féminisme. Et par là, elle arrive un peu à nous venger.

 

  • Autrice : Martine Delvaux
  • Nombre de pages : 237 pages
  • Date de parution : 29 août 2018
  • Éditeur : Héliotrope
  • ISBN : 978-2-924666-55-5

 

Crédit photo : Caroline Dawson

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