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Shuni

Shuni

Lorsqu’elles étaient enfants, Naomi et Julie étaient amies. À Uashat sur la Côte-Nord, elles jouaient, discutaient et exploraient le territoire ensemble. Habitant une maison aux limites de la réserve, Julie grandissait aux côtés des communautés innues et de son père pasteur. À l’âge de 7 ans, leurs chemins se sont toutefois séparés, lorsque Naomi a quitté la réserve pour Québec avec sa famille. Plusieurs années plus tard, elle prend sa plume pour lui écrire. Écrire à cette vieille amie aux yeux pâles et aux cheveux d’or. Écrire à cette vieille connaissance qui lui semble à la fois si proche et si lointaine. 

Cette vieille amie que les Innu.e.s appelaient Shuni. 

Dans ses lettres, Naomi aborde tant leurs différences viscérales que ce qui les rassemble. Elle parle de sa langue et de sa transmission ; de sa beauté et de ses liens profonds avec les modes de vie. Elle critique les systèmes juridiques québécois et canadiens qui ne répondent pas (ou ne veulent pas répondre ?) aux structures et aux conceptions des Autochtones et Innu.e.s. Elle énonce les questions qu’elle seule se fait poser, à titre d’écrivaine innue (« pourquoi choisis-tu d’écrire en Français ? »), les stéréotypes qu’on lui attribue, l’arrogance à peine déguisée de certain.e.s. 

Elle parle d’amour et de tendresse. De son « petit ours », son fils, Marcorel. Des phrases crève-cœur qu’il lui a déjà dites : « Maman, je veux être blanc, je veux être comme tout le monde ». De sa lutte constante contre le « complexe d’infériorité » qui l’habite parfois et qui découle d’années et de siècles de discriminations, de violences et d’exclusion. Des images figées et stéréotypées qui la confinent à une identité clichée. Des idées préconçues, des boîtes dans lesquelles ils et elles sont cantonné.e.s. 

Naomi lui parle d’entraide, de partage des traditions, de collectivité. La conseille. La guide. L’instruit. Lui parle de ce mur qui existait et existe toujours entre elles ; cette séparation tangible entre ceux et celles qui vivent à l’intérieur et à l’extérieur des réserves. 

Elle lui parle d’amour profond envers sa communauté, son peuple, sa nation. De son regard lucide sur le Québec et les Québécois.e.s. De partage, oui. Mais aussi de reconnaissance. Et surtout de résistance au lieu de résilience. 

Shuni, c’est « ce que tu dois savoir Julie ».

Et ce qu’on devrait tou.te.s savoir aussi. 

  • Autrice : Naomi Fontaine
  • Date de parution : 2019 
  • Éditions : Mémoire d’encrier

Crédit photo : Mylène de Repentigny-Corbeil 

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