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Rosa candida

Rosa candida

Ce roman de l’écrivaine islandaise Auður Ava Ólafsdóttir, lauréate du Prix des libraires du Québec en 2011, raconte l’histoire du jeune Arnljótur, passionné de botanique, qui part de son village natal en Islande vers une roseraie dans un pays non identifié sur le continent. Dans ses bagages, trois boutures de Rosa candida, une espèce très rare de rose. Il entreprend ce voyage en laissant le père et son frère jumeau s’occuper l’un de l’autre, en portant avec lui les souvenirs de la voix de sa mère, morte dans un accident de voiture quelques mois auparavant, et la petite photo passeport de sa fille de six mois. Le trajet n’est pas une ligne droite jusqu’à destination, mais il est parsemé de petites aventures racontées de la pointe des doigts.

La roseraie en question se trouve dans un ancien monastère perché sur une montagne et entouré d’une poignée de maisons. Il trouve bientôt sa place et rend à ce jardin le lustre antique qu’il avait perdu à cause de la négligence des moines. Il se lie d’amitié avec un moine cinéphile, qui utilise les références cinématographiques pour comprendre et expliquer les abîmes de l’existence. La visite de sa fille, Flóra Sól, et de sa mère, Anna, passion d’une nuit, bouleverse son quotidien fait de gestes répétitifs et d’un apprentissage discret des coutumes et du dialecte locaux.

Avec l’arrivée de sa fille, commence aussi le voyage intime de ce garçon, orphelin de mère et encore agrippé à son père, vers l’émancipation de l’homme qu’il deviendra. Il découvre lui-même sa capacité d’être père, en même temps qu’il découvre les gestes qui accompagnent la paternité et se laisse envahir par l’amour qui s’éclot, comme un bourgeon, pour Flóra Sól. La fillette est d’ailleurs le portrait de l’enfant modèle, dont la perfection est subtilement approchée par l’auteure à celle de la divinité. En devenant homme, Arnljótur découvre aussi que son corps, qui l’obsède depuis le début du voyage, contient une passion qui est plus que charnelle pour la mère de son enfant. Les deux commencent à explorer les interstices de la vie de couple et de famille, dans le plaisir partagé de l’initiation à l’être adulte.

Tout le regard porté par le protagoniste, 22 ans, sur ce qui l’entoure en est un d’émerveillement enfantin, comme si l’existence était un fleuve glissant à ces côtés, dans lequel il plongeait les doigts de temps à autre pour en prendre la température. Ce roman est à l’image d’un bouquet fleuri – délicat, complexe, qui doit être admiré à distance, qui ne peut être touché par peur d’en abîmer les précieux pétales. La langue semble couverte d’un voile léger, elle est contenue, contrôlée, calme, elle invite discrètement à pénétrer dans son jardin secret. Le texte est traversé d’une brise, peut-être venant du Nord, qui n’incline pas les émotions du lecteur, mais les fait imperceptiblement osciller comme des brins d’herbe, en les caressant avec douceur.

 

  • Auteur: Auður Ava Ólafsdóttir
  • Éditions : ZULMA
  • Date de parution : 1 septembre 2010
  • Nombre de pages: 264 pages
  • ISBN : 9782843045219

Crédit photo : Camilla Sironi

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