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Quand j’étais Italienne

Quand j’étais Italienneest un récit suave, délicat et émouvant, d’un humour tendre qui aborde l’intégration des immigrants italiens au Québec avec un style frappant. Sylvie Laliberté, artistemontréalaisemultidisciplinaire, y raconte ses origines maternelles et l’histoire de son grand-père, venu d’Italie par bateau au début du siècle dernier, comme tant d’autres à la recherche d’une terre d’espoir. 

C’est un beau livre qui se lit en un souffle, écrit avec simplicité — on croirait entendre le récit d’un enfant, car la narration sort droit du cœur, de la place couvant les secrets, sans honte et avec beaucoup de courage. L’auteure, dont les origines italiennes ont été cuvées comme des souvenirs d’enfance, explore les événements marquants de la vie des grands-parents italiens immigrés à Montréal, et ensuite de leurs filles, dont sa mère. On y découvre entre autres la réalité des Italiens comme son grand-père qui, durant la Seconde Guerre mondiale, avaient été internés dans des camps sans raisons claires ni excuses subséquentes de la part du gouvernement du Canada ; la peur des femmes et des enfants de sa famille dont la maison était fouillée, la nuit ; la méfiance des autres, des maitresses d’école, des voisins, des autres enfants aussi, parce que d’origines différentes, fascistes par défaut, et parce que les Italiens, « ça pue et ça a des poils ». Et l’acceptation quand, dans les années Soixante-dix, être italien est devenu un gage de qualité, de design raffiné, de fine cuisine, de culture humaniste, d’exploits sportifs, quand vert-blanc-rouge sont devenues les choses belles – malgré certaines méchancetés prononcées encore à dents serrées. 

Pour la mère de Sylvie Laliberté, la marque italiennea été un tatouage dans l’âme qu’elle n’est pas arrivée à effacer malgré l’effort et la volonté d’appartenir à la société d’accueil — cette marque devient le signe d’un clivage, contient la lâcheté d’un stéréotype. Des stéréotypes qui oscillent d’un extrême à l’autre. 

Mais tout cela est raconté candidement, avec un étonnement enfantin, entremêlé de photos d’époque de gens qui sourient un peu, couleur sépia. Ça se lit en sirotant un espresso, en trente minutes ou un peu plus. Mais ça marque.

Ce clivage n’est peut-être plus celui des Italiens qui, comme moi, arrivent aujourd’hui par avion dans des habits confortables, un passeport pluri-timbré et un compte en banque, mais c’est peut-être celui d’autres gens, d’autres immigrants fils de la pauvreté, des gens différents venant de pays qu’on ne connait pas bien, portant leur « basilic» et leurs « tomates » dans leurs valises, et un dialecte qu’il répéteront seulement à leurs petits-enfants.

  • Auteur : Sylvie Laliberté
  • Éditions : Somme toute 
  • Nombre de pages : 96 pages
  • Date de parution : 2013

Crédit photo : Camilla Sironi

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