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Palawan

Palawan

Nous sommes en 1975, à Hué dans le Nord du Vietnam. La guerre vient de se terminer, le Vietcong, force armée nationaliste et communiste, a gagné. Kim regarde à la télévision son père – ou du moins celui qu’elle croit être son père – s’évader dans le dernier hélicoptère qui quitte le toit de l’ambassade des États-Unis, fuir le pays avant qu’il ne soit « trop tard ». Quant à elle, à sa mère, froide, distante et intransigeante, et à ses sœurs Mai et Thu, quitter le pays n’est pas une option. Mais les jours passent et l’atmosphère devient de plus en plus lourde ; les boutiques aux musiques américaines sont remplacées par des lieux de propagande du régime, les programmes scolaires sont modifiés afin d’y insérer des travaux communautaires et la suspicion des uns et des autres s’accentuent.

Plusieurs disparaissent du jour au lendemain ; on raconte, en chuchotant, qu’ils sont partis en Amérique, qu’ils ont pris l’un de ces bateaux qui quittent les rives vietnamiennes pour tenter de se rendre dans les pays limitrophes. Ces gens, fuyant le pays via la mer, seront appelés, bien plus tard, des boat people. Et Kim, bien malgré elle, en deviendra une lorsqu’elle quittera le pays en plein milieu de la nuit, en 1979, pour débarquer dans le camp de réfugié.e.s de Palawan, aux Philippines. Ce sera le début d’un long voyage, tant psychologique que physique, qui la mènera aux États-Unis, puis au Canada.

Quel bonheur j’ai eu à lire ce roman coup de poing ! Palawan m’a emporté dans le Vietnam de la fin du siècle dernier, pris entre la fin d’une guerre et les dérives d’un régime autoritaire. Il m’a fait comprendre le parcours de réfugié.e, à travers les yeux d’une jeune Huéenne lucide et allumée, qui rêve, s’ancre et se questionne. Qui tente de se retrouver, de comprendre ses racines, son identité et sa place dans ce monde multiple et parfois violent. Il m’a fait revivre ce Vietnam touchant, vibrant, fort de couleurs et de textures, que j’ai eu la chance de découvrir il y a plusieurs années. Il m’a fait réfléchir et a tissé des liens avec le quotidien de milliers de réfugié.e.s qui, encore aujourd’hui, rêvent d’une vie meilleure, fuient les violences et les agressions, embarquent dans un bateau de fortune et tentent d’atteindre d’autres berges.

Et je me suis dit que ce sont ces romans-là qui, grâce aux récits du passé, nous font prendre conscience des enjeux du présent. Qui, grâce à l’individualité et la personnification, nous font faire des liens et nous font prendre conscience, nous émeuvent et nous touchent. Nous ouvre les yeux. Comme il se doit.

Que c’est ce type de roman qu’il nous faut. Qu’il faut lire. Pour comprendre et avancer, pour s’ouvrir et être empathique. Pour s’entraider et accueillir.

  • Autrice : Caroline Vu
  • Date de parution : août 2017
  • Nombre de pages : 224 pages
  • Éditions : La pleine lune

Crédit photo : Mylène de Repentigny-Corbeil

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