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Les monologues du voile | Des Québécoises se racontent

Les monologues du voile

Sur la photo d’école de mon garçon cette année est apparue une petite fille voilée. Quel gâchis, ai-je d’abord pensé en regardant cette belle jeunesse bridée par des conventions religieuses. Pourtant, aux yeux de mon fils, la coiffe de sa compagne de classe n’a rien de spécial, sinon qu’elle abrite une tête forte en maths.

À sa façon Les Monologues du voile réussit à nous montrer ce qui n’apparaît pas sur les photos scolaires ou dans les journaux. Il nous fait voir l’envers d’une réalité complexe.

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Écrit par une journaliste québécoise d’origine marocaine, cet essai est le fruit d’une enquête laborieuse menée auprès de plus de 80 femmes d’ici, pour la plupart de confession musulmane. Présentés sous forme de «monologues», les témoignages que nous livre Kenza Bennis sont appuyés de données concrètes qui permettent de circonscrire la réalité du voile dans le cadre québécois. On y apprend notamment que le voile n’a pas la même connotation pour une Québécoise d’origine marocaine, iranienne ou encore libanaise et qu’il n’est porté que par une minorité de musulmanes au Québec. De plus, si certaines l’endossent par conviction religieuse, d’autres l’associent davantage à un signe d’appartenance culturelle. Mais ce qui ressort le plus de cette série de portraits, ce sont les préjugés que nous entretenons face au voile. Il suffit de lire quelques pages de ce livre pour constater que notre regard pèse lourd sur certaines de nos compatriotes musulmanes.

À preuve, ces extraits plutôt acérés :

«Pour vous, je suis personne. Juste une madame voilée comme une autre. Mais je n’étais pas comme ça, vous savez. Quand je suis arrivée à Montréal, j’étais pleine d’espoir.»

– Meriem, 39 ans. p. 23

«Quand tu t’appelles Véronique ou Mathieu, y a personne qui te met ton catholicisme dans la face. Personne te demande si tu vas à l’église ou si tes parents t’ont baptisé. Mais si t’es musulman, alors là, t’y coupes pas! Tu te fais cuisiner sur ta religion. «Et le ramadan? T’as pas soif quand tu fais le ramadan?» «Et la prière? Est-ce que tu pries au bureau?» (…) Moi, je n’en ai pas de religion. (….) J’ai décroché de l’Islam à cause d’un tas de choses.»

  • Farida, 57 ans. p. 57

«Je suis prof au cégep. La première étudiante voilée que j’ai eue correspondait à tous les clichés. Très effacée, très timide. Elle n’a pas dit un mot de l’année. Puis, j’ai connu Noor. Le Choc! Cette année-là, c’est mes clichés à moi qui en ont pris un coup. (…) Brillante, allumée, c’était le moteur de la classe.»

– Sophie, 44 ans. p.79.

Parce qu’il déconstruit l’image si rigide qu’on peut entretenir sur les musulmans, ce livre est de ceux dont on ne devrait pas se passer. À transmettre à ses voisines, amies et collègues.

  •  Auteure : Kenza Bennis
  •  Nombre de pages : 180 pages
  •  Date de parution : 2017
  •  Éditeur : Robert Laffont
  • ISBN : 978-2-221-19984-8

 

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