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Le peuple du décor

Le peuple du décor

Ils et elles font parties de notre quotidien. On les croise sans réellement les voir. Ils et elles sillonnent les rues à la recherche d’une sécurité temporaire, d’un vrai repas ou d’un échappatoire artificiel temporaire. Ils et elles sont le peuple du décor. Dans ce deuxième roman, Danny Plourde aborde la difficile question de l’itinérance à Montréal. Or, il le fait à partir d’un angle nouveau : celui de l’intervenant. Car si les itinérant.e.s sont souvent invisibles, les intervenant.e.s et leur travail passent trop souvent sous silence.

Le roman suit Clovis Agaric, jeune intervenant social fraichement débarqué de France dans la métropole québécoise, à la recherche de défis nouveaux. Son arrivée au refuge Le Bercail, situé dans le Vieux-Montréal, marque le début du déclin. En quête de lui-même, il se déverse complètement dans son travail : les itinérants qui animent le centre deviennent des soucis quotidiens, occupant son être entier à toute heure du jour et de la nuit. Son dévouement à son travail le pousse à délaisser sa vie personnelle – relations amicales et amoureuses, vie de colocation et espace personnel. À l’image de sa chambre, la vie de Clovis devient un chaotique mélange de désillusions et de volonté d’action qui s’effrite. La mort d’un itinérant dont il s’occupait détruit le peu d’équilibre qui restait à sa vie – d’un intervenant rempli de force et de volonté, il ne reste de lui qu’un fantôme, errant à la recherche de ce qu’il a été, ce qu’il aspirait à devenir.

Aborder l’itinérance dans un roman n’est pas chose facile : le risque de basculer dans le cliché et les stéréotypes est grand. En utilisant l’intervenant comme point d’entrée dans ce monde que nous voyons constamment, mais qu’au fond nous ne voyons jamais, Danny Plourde nous permet d’explorer les difficultés de ce métier et la fine ligne qui sépare l’intervenant de l’itinérant. Il reste évident qu’il s’agit d’un roman, mais l’auteur souligne plusieurs réalités de notre société découlant du désintérêt et de l’incompréhension collectifs envers l’itinérance. Critiques parfois subtiles, et d’autres fois assumées envers la société de performance, de consommation et d’égoïsme dans laquelle nous évoluons. Ce faisant l’auteur peint des visages à ce peuple du décor, ces gens qui nous entourent mais dont la présence est si souvent ignorée.

 

  • Auteur : Danny Plourde
  • Nombre de pages : 289 pages
  • Date de parution : 2018
  • Éditeur : Éditeur XYZ

Crédit photo : Andréanne Bissonnette

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