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Le noir est une couleur

Le noir est une couleur

Grisélidis Réal est une écrivaine et une travailleuse du sexe née en 1929 en Suisse. Le noir est une couleur est un récit autobiographique relatant la période de sa vie où elle s’exile en Allemagne avec deux de ses enfants (elle en aura quatre) et son copain du moment qu’elle arrachera à son internement psychiatrique. Souffrant de graves maladies mentales, celui-ci abusera de sa générosité, la violentera sans relâche et la mettra dans une position où elle n’aura pas d’autre choix que de se prostituer pour survivre et nourrir ses enfants.

C’est ainsi qu’elle débute sa carrière de travailleuse du sexe, dans les années 1960 à Munich. Étant illégalement sur le sol allemand, elle est constamment sur le qui-vive, ayant peur de l’expulsion ou alors qu’on lui enlève ses enfants.

De jour, elle s’occupe de ses enfants qu’elle aime et protège par-dessus tout. De nuit, elle quitte sa maison pour « faire le trottoir » ou reçoit des clients chez elle.

Les violences auxquelles elle doit faire face durant son parcours sont atroces. Elle croise sur son chemin d’anciens nazis sadiques – l’un d’entre eux lui bandera les yeux et l’amènera dans un lieu inconnu où elle devra manger de la chair humaine -, des esprits tordus et pervers, des soldats assoiffés de sexe, etc. À travers ces violences, elle rencontrera tout de même des hommes respectueux, aimants et attentifs.

Lorsqu’on regarde la biographie de cette femme, il est impressionnant de constater qu’elle se battra finalement toute sa vie pour les droits des travailleuses du sexe et continuera à se prostituer jusqu’à l’âge de 66 ans.

Une chose est sûre, cette femme aimait les hommes, vraiment. Elle ne s’arrête pas aux abuseurs et hommes violents qu’elle aura croisés dans sa vie. Elle aimait les hommes et particulièrement, les Noirs, d’où le titre de l’ouvrage Le noir est une couleur. Son ouvrage célèbre leur corps, leur beauté, leur force, mais aussi leur culture, leur façon d’aimer et de faire l’amour. Il y a aura un homme en particulier qu’elle aura aimé tendrement et qu’elle n’oubliera jamais : Rodwell. L’ouvrage s’adresse un peu à lui, elle le remercie et se remémore leur idylle.

Il n’y a rien de plus doux que d’épaisses lèvres de Noir. On y repose sa bouche comme sur des coussins de soie, elles ont un goût de cannelle et de muscade, elles sont magnifiquement bleutées et tendres. On peut les mordre aussi sans craindre de les blesser. Leur chair est comme du champignon, élastique et poivrée, mouillée et rafraîchissante.  (Le noir est une couleur, p. 163.)

 

Grisélidis Réal n’a décidément rien fait comme les autres : son métier, son histoire, ses choix, sa façon d’élever ses enfants… tout s’inscrit en marge d’une société dont les pressions ne semblent pas l’atteindre. C’est l’histoire d’une femme libre dans sa tête et dans son coeur, sans jugements, marginale.

 

  • Autrice : Grisélidis Réal
  • Éditions : Gallimard, collection Folio
  • Nombre de pages : 368 pages
  • Date de parution : première parution en 2005

Crédit photo : Françoise Conea

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