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Le consentement

Depuis tant d’années, je tourne en rond dans ma cage, mes rêves sont peuplés de meurtre et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre.  

V. n’a qu’à peine 14 ans lorsqu’elle rencontre et débute une relation avec G., de 36 ans son ainé. Écrivain émérite et pédocriminel assumé, il tente tout d’abord de la séduire en lui envoyant une ribambelle de lettres d’amour sulfureuses. Puis, il lui propose de se rencontrer dans son appartement et vient tous les jours la chercher à l’école (à distance, bien sûr, parce qu’il « ne faut en parler à personne »). Il la touche, l’embrasse, l’appelle « mon enfant chérie », « ma belle écolière », tout en lui faisant l’amour et en la coupant, tranquillement, mais sûrement, du reste du monde.  

C’est le début d’une histoire « d’amour » où le contrôle et la dépossession de soi seront quotidiens et légitimés par la famille, l’entourage, les ami.e.s et la société. Une histoire « d’amour » qui sera retranscrite, décrite et analysée par G. lui-même dans plusieurs romans et journaux qui seront publiés dans les années qui suivront. Une analyse subjective, bien sûr, qui le dépeint comme un « bon samaritain » et, elle, comme une jeune fille insouciante et hystérique. Des journaux portant, mots pour mots, les lettres d’amour envoyées par V.  

V., c’est Vanessa Springora, l’autrice de ce livre coup de poing.  

Et G., c’est Gabriel Matznev. 

Cette histoire est bien réelle.  

Les relations à répétition de Matznev avec de jeunes adolescentes et jeunes hommes prépubères (dont de jeunes philippins de 10-11 ans lors de voyages annuels à Manille), abondamment décrites dans l’ensemble de ses romans, journaux et essais, sont réelles. Le silence, l’approbation, l’acceptation et parfois l’encouragement de ses actes par l’ « intelligentsia » française, sous prétexte d’une littérature plus grande et plus importante que la « morale », sont véridiques. Et surtout, la souffrance, l’humiliation, l’anxiété et la violence dont a été victime Vanessa Springora sont aussi réelles que tangibles et profondes.  

Avec Le consentement, elle reprend le contrôle. Et à son tour, pose sur papier, dans ses mots, cette fois-ci, cette terrible histoire qui pendant trop longtemps fût non seulement acceptée, mais également cautionnée.  

Crédit photo : Mylène de Repentigny-Corbeil 

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