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Le cimetière des abeilles

Le cimetière des abeilles

J’aime être surprise par un livre, ne pas savoir dans quoi je vais entrer et me laisser emporter par ce que propose une auteure. Je n’ai donc pas lu sur Le cimetière des abeilles avant de l’ouvrir. Je me suis retrouvée dans de délicates insertions de souvenirs de la Roumanie au milieu d’observations sur ma langue maternelle, le tout du point de vue rafraîchissant de quelqu’un qui a appris le français comme langue seconde.

Je lis des mots qui me sont familiers et j’ai l’impression de les entendre pour la première fois. Je sens qu’Alina Dumitrescu veut écrire dans une langue qui n’est pas de bois, avec des mots qui signifient. Ça me rappelle la fraîcheur de la langue de France Théoret et l’impression de lire « vrai ».

Les souvenirs sont déposés, doucement. Des vacances annulées lorsque la Tchécoslovaquie est envahie. Une jeune fille qui joue à la frontière de la clôture de ses voisins pour y faire un cimetière d’abeilles, marquant chacune des tombes d’une fleur de camomille et de bâtons d’allumettes. Une attirance vers la France, vers Paris et la langue française. L’enfance passée en Roumanie laisse des traces et revient à la mémoire de la femme une fois qu’elle a quitté le pays.

La femme apporte deux valises et l’enfant avec elle dans ce qui est censé être leur nouvel « avenir radieux ». Les premiers jours à Montréal sont difficiles, la langue pose problème:

Réduite au silence, certains matins je me réveille du côté du roumain, certains autres du côté du français. Le plus souvent, les paupières entrouvertes, je reste au lit un long moment, au beau milieu du gâchis. Mi-figue, mi-raisin, mi-français, mi-roumain, j’ai la tête embrouillée par l’effort d’arriver aux mots  (page 16).

Si vous vous êtes déjà retrouvés dans un endroit où on parlait une langue que vous ne maîtrisiez pas ou si vous avez passé par l’apprentissage d’une langue seconde avec tous les efforts que ça demande, vous risquez de vous retrouver dans ce livre.

Alina Dumitrescu décrit l’arrivée dans un nouveau pays, les souvenirs d’enfance passée en Roumanie et le rapport à la langue dans un français maîtrisé, clair, précis. Les mots sont bien choisis, le texte est aéré. Une belle surprise!

 

Auteure : Alina Dumitrescu

Nombre de pages : 190 pages

Date de parution : 2016

Éditeur : Triptyque

 

Crédit photo : Karine Fortin

 

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