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L’amie prodigieuse: Ébullition napolitaine

L'amie prodigieuse

Faisait-elle toujours ce que je devais faire, avant moi et mieux que moi ? Me fuyait-elle quand je la suivais, et en même temps me talonnait-elle, me dépassait-elle ?

– Elena Ferrante, L’amie prodigieuse, p. 179

Dans un quartier de Naples, à la fin des années 50, Elena et Lila s’apprivoisent, s’observent, se jugent, se condamnent, s’aiment. Lila, revêche, méchante, douée en tout, intéressée et intéressante, semble destinée à un avenir prometteur par ses multiples talents naturels. Elena, la narratrice, est quant à elle incertaine, calme, gauche et intelligente. Elle se questionne (trop) sur l’importance de faire des études, sur les garçons, sur son amie qui grandit à côté d’elle, si belle, si différente. Dans une société teintée de violences de toutes sortes, les deux jeunes filles vont côte-à-côte apprendre à survivre, au rythme de rêves brisés et d’amours déçus.

Roman d’apprentissage intimiste aux allures de thriller sentimental, L’amie prodigieuse est un récit fortement porté par une dimension politique qui ne laisse pas indifférent. Les questionnements sur l’amour, l’amitié et la violence de la narratrice font naitre en toute subtilité une réflexion solide sur la conscience des classes et le féminisme, qui apporte une profondeur sans pareil au roman.

Je ne suis pas nostalgique de notre enfance: elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout: et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.

– Elena Ferrant, L’amie prodigieuse, p. 39

C’est cette incursion franche dans la tête d’une jeune héroïne peu ordinaire, ce regard honnête sur l’enfance et l’adolescence, et l’absence totale de jugement sur des personnages terriblement humains qui séduit à premier abord dans L’amie prodigieuse. La découverte d’un quartier d’une ville italienne à une autre époque, alors que l’Histoire a laissé ses traces, furtives, presque taboues, est tout aussi passionnante. Et le tout est largement enrichi par le rythme des phrases, le temps des verbes, la passion et la douceur avec laquelle Elena Ferrante traite ses sujets. Un chef d’œuvre littéraire dont j’ai hâte de lire la suite : Le deuxième nom.

 

  • Titre : L’amie prodigieuse
  • Auteure : Elena Ferrante / Traduit de l’italien par Elsa Damien
  • Nombre de pages : 429 p.
  • Date de parution : 2011
  • Éditeur : Folio
  • Provenance du livre : librairie d’occasion L’Échange, sur Mont-Royal.

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2 Commentaires

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    Hûther
    16 novembre 2016 à 3:22 pm

    bel article, je cours à la librairie….

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    Marie
    3 décembre 2016 à 7:58 am

    Un roman dont je n’ai pu me détacher avant la dernière page… Idem pour le deuxième tome. Atmosphère qui m’a rappelé les films italiens des années ’70. Personnages attachants. La narratrice évoque des souvenirs très réalistes et sans complaisance sur les périodes de l’enfance et de l’adolescence, sur l’accès à l’éducation, sur la pauvreté…

    J’attends avec impatience le publication en français des prochains tomes!

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