Littérature québécoise

La Société des grands fonds

La Société des grands fonds


On pourrait dire bien des choses de ce livre. D’abord qu’il porte en lui plusieurs histoires toutes liées par le fil de l’eau.  Ensuite, que son auteur, Daniel Canty, aime bien nous mener en bateau. D’ailleurs, dès les premières pages, il nous fait membre de sa Société des grands fonds sans trop nous demander notre avis. Et enfin, que chaque histoire est teintée par l’œuvre d’un écrivain. De Borges à Homère, en passant par Salinger et Réjean Ducharme, ce livre célèbre les figures de proue de la littérature sans jamais pourtant perdre son identité propre.  

Pour autant qu’on soit sensible aux ambiances éthérées, on se laisse doucement envoûter par les récits de Canty, qui tantôt nous plonge dans une baignoire, tantôt nous propose une balade en train vers une Amérique fictive ou nous catapulte sur la Lune, pour soupeser les mystères de ses eaux gelées.

De ces récits filtrent aussi une douce nostalgie. À ce titre, Clepsydre nous propose une visite dans la chambre d’hôpital de René, le père de Canty, qui, devant sa mort prochaine, s’accroche à son imaginaire pour tapisser le réel d’un brin de folie. En voici un extrait équivoque:

On vient d’installer mon père dans une nouvelle chambre. Je le retrouve seul, prostré dans un fauteuil de cuirette verte. Il a la mine somnolente et le regard liquide.

Un hot dog patate, ça fait longtemps que j’ai pas mangé ça…

Pourquoi tu penses à ça?

Ben, t’es venu ben loin pour manger un hot dog. Il désigne la porte coupée de la chambre, qui ressemble à celle d’un stand de patates frites. Puis il dénombre les motifs mouchetés de sa jaquette d’hospitalisation, qui ont un peu l’allure de saucisses volantes. » p. 136.

C’est à la lecture de ces passages tendres amers qu’on mesure le mieux le génie de ce livre que je ne saurais trop vous recommander.

  • Éditions : La peuplade
  • Auteur : Daniel Canty
  • Parution : octobre 2018
  • Nombre de pages : 177 pages

Crédit photo : Vicki Milot

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