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La femme qui fuit…de temps en temps

La femme qui fuit et plante-espresso

 

  • Quelqu’un, un jour – Veux-tu des enfants, toi, dans la vie?
  • Moi – Non, je veux une famille.

On a parlé abondamment du roman d’Anaïs Barbeau-Lavalette paru il y a un an. On a loué – avec raison – le récit, l’écriture, les références à un épisode important de l’histoire du Québec. On a aussi critiqué – avec raison – cette femme, Suzanne Meloche, la grand-mère d’Anaïs, qui a abandonné ses enfants.

MAIS. Mais, quelque part, je pèse mes mots, je dis bien « quelque part », je comprends cette femme. J’entends déjà d’ici la rumeur de vos pensées provoquée par l’indignation que suscite cette confidence. Précision : j’ai deux enfants et, à moins de sombrer dans un état psychotique qui mettrait en danger ma vie et celle de mes proches, je n’ai pas l’intention de les abandonner.

SAUF QUE. Sauf qu’il m’arrive d’étouffer de temps en temps, de rêver égoïstement à ma vie solo d’avant où je pouvais faire ce que je voulais quand je voulais sans préalablement consulter le désormais incontournable calendrier familial. Un rendez-vous chez le médecin par-ci, un cours de natation par-là, auxquels s’ajoutent une poussée de fièvre, un cauchemar, un pipi au lit, une chicane pendant un jeu, une crise dans un commerce devant des témoins au regard accusateur, des fréquences et des décibels qui exacerbent mes acouphènes, des brassées de lavage en forme de puits sans fond, de nombreuses discussions avec mon conjoint au sujet de notre progéniture… Donnez-moi, donnez-moi de l’oxygène!

DONC. Donc, je me sauve de temps en temps : à Montréal pour une semaine ou à Paris pour un mois, ça dépend. Si ce n’était pas de mon travail, je ne sais pas comment je pourrais légitimer ma fuite aux yeux des autres. Par son livre, Anaïs Barbeau-Lavalette brise peut-être un cycle d’abandon1; moi, je brise un cycle de frustrations. Ma mère nous a élevées, mes sœurs et moi, avec le lot de frustrations qu’apporte une vie rêvée restée au stade de rêve. On suspend toujours un peu sa vie quand on a des enfants, ma mère, elle, y a renoncé.

ALORS. Alors mieux vaut quelques fuites salvatrices que des frustrations qui rendent aigre. L’équilibre est fragile et les occasions de disjoncter, fréquentes en famille.

 

  • Auteure: Anaïs Barbeau-Lavalette
  • Nombre de pages: 378 pages
  • Date de parution: Septembre 2015
  • Éditeur: Éditions Marchand de feuilles
  • Provenance: Livre reçu en cadeau
  • ISBN: 9782923896502

 

1 Clin d’œil à la chronique Tu ne veux plus nous revoir, jamais de Patrick Lagacé (La Presse, 26 octobre 2015)

 

Crédit photo: Marie Gravel

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1 Commentaire

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    Marie Berube
    1 décembre 2016 à 6:46

    Ce qui m’a frappé dans ce récit, c’est l’absence totale de critique envers le père : lui aussi a abandonné ses enfants. Pour un homme ce n’est pas un crime tandis que pour une femme c’est inconcevable. Moi aussi je comprends cette femme. Elle ne voyait pas d’issue surtout quand elle a compris que son cher époux la prenait pour sa boniche.

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