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La femme qui fuit

La femme qui fuit

La femme qui fuit n’est que le deuxième roman d’Anaïs Barbeau-Lavalette qui est d’abord documentariste et réalisatrice. Cette auteure née à Québec en 1979 y cherche à écrire l’histoire de sa grand-mère qu’elle n’a jamais connue.

Engageant un détective privé, elle finit par récolter de multiples informations sur cette Suzanne Meloche dont elle ignorait presque tout. C’est au fil de ces pages que l’on découvre cette femme qui a côtoyé de grands noms de l’art québécois tels que les peintres Riopelle et Marcel Barbeau. À la recherche d’on ne sait trop quoi, Suzanne ne tient pas en place, se déplace au gré de ses envies, changeant souvent par le fait même de partenaire de vie.

J’ai adoré la prose avec laquelle Anaïs nous décrit cette vie incroyable qu’a vécue sa grand-mère. Le ton restant simple et accessible, j’avais l’impression parfois de lire de la poésie tellement les mots étaient savamment choisis pour illustrer et faire vivre au lecteur l’émotion profonde de son personnage. Le passage suivant m’a particulièrement parlé et touché :

Ton petit garçon s’appelle François et a le ventre doux. Tu y poses tes joues et les promènes dessus, puis tes lèvres, puis ton visage entier. Ce corps-là devient ton pays, cette odeur-là, ton oxygène, tous les petits creux trouvés, nombril, fossette, pli de peau, deviennent tes refuges, tes tranchées. Tu te liquéfies et te disperses entière en doux dépôt sur le corps chaud de ton bébé, qui se laisse habiter.  -La femme qui fuit, p.207

Suzanne Meloche est aussi un personnage complexe, tout en nuance. Rare sont les auteurs qui réussissent à nous faire aimer et détester un personnage en même temps. Nous sommes bien loin de la dichotomie habituelle entre les bons et les mauvais. Sensible, rêveuse et courageuse elle est aussi égoïste, volage et entêtée. Derrière ses choix et ses dilemmes se trouve aussi toute une réflexion sur la maternité qui demeure fort intéressante.

Un autre point que j’ai énormément apprécié est l’opportunité que nous offre ce roman de voyager et de découvrir notre Québec des années 1930 au début des années 2000. Bien que romancée, cette œuvre se veut un récit biographique où des personnages bien réels prennent part à l’histoire et que l’on aime rencontrer.

Finalement, je dois avouer que cela m’a pris un peu de temps à me laisser transporter par cette histoire. Je crois que l’usage de la deuxième personne du singulier pour la narration y est pour quelque chose. La récurrence du « tu » a perturbé ma lecture au départ et s’est seulement une fois habituée que j’ai commencé à vraiment apprécier toute la beauté de cette œuvre.

La femme qui fuit est l’un de ces romans terminé en sachant que la prochaine lecture sera condamnée à être très durement jugée. En se sortant d’un si beau récit, il devient difficile de trouver le prochain livre qui saura me satisfaire, la barre étant haute.

 

D’autres articles sur ce livre sont disponibles ICI et ICI.

 

  • Auteur : Anaïs Barbeau-Lavalette
  • Nombre de pages : 378 pages
  • Date de parution : septembre 2015
  • Éditeur : Éditions Marchand de feuilles
  • Provenance du livre : Acheté à la Librairie de Verdun

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