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Le jeu de la musique : Une forte dose d’humanité

Le jeu de la musique

La première publication de l’autrice franco-ontarienne Stéfanie Clermont intitulée Le Jeu de la musique a de prime abord tout pour me déplaire, voire même m’irriter : une couverture que je juge repoussante, beaucoup trop explicite, mettant en scène un martyr qui tente de se retenir sur le cadrage de la porte de ce qui semble être une vaste pièce vide, et une pluralité de personnages désabusés, en proie à la dépression. Quoi de plus rabat-joie comme lecture de février, mois déprimant par excellence? Et pourtant, j’ai été séduite, happée par cette proposition littéraire qui foudroie, ensorcelle le lecteur en le laissant dans ses derniers retranchements.

Stéfanie Clermont propose un recueil de nouvelles qui décape en nous présentant le chemin cahoteux que choisissent de prendre maints personnages qui ont tous en commun d’avoir été un ami de Vincent, personnage qui s’enlève la vie dès la première nouvelle. Une question devient envahissante au fil de la lecture : pourquoi tous ces personnages sont-ils opprimés par un mal-être envahissant, pourquoi seul Vincent choisira de tirer sa révérence avant la fin de sa représentation? Une des forces de ce recueil est justement de ne pas y répondre de façon frontale en privilégiant plutôt une plongée dans les eaux troubles de ces personnages, leurs pensées les plus intimes. J’ai la nette sensation d’en connaître un peu plus sur les profondeurs humaines après avoir déposé ce livre. C’est l’impression que peuvent laisser, selon moi, les grands romans.

Stéfanie Clermont est douée pour créer des atmosphères étouffantes, pour faire vivre aux lecteurs des émotions extrêmement vives. Il faut y goûter à petite lampée à cette écriture finement ciselée pour ne pas s’y brûler, tel un thé fraîchement préparé, mais aussi pour en savourer toutes les flaveurs. J’ai rarement lu une écriture aussi maîtrisée pour une première œuvre, j’avoue en être encore abasourdie quelques semaines après l’avoir déposée et avoir un profond besoin de me vautrer dans un roman plus léger, plus feuilleté.

 

  • Autrice : Stéfanie Clermont
  • Nombre de pages : 344 pages
  • Date de parution : Août 2017
  • Éditeur : Le Quartanier

 

Crédit photo : Karine Villeneuve

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