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Homo Sapienne

Homo sapienne

Fort attendu dans sa version française (traduite au Québec de surcroit), ce premier roman de la jeune autrice groenlandaise inuite Niviaq Korneliussen a de quoi vous décoiffer. Venue elle-même à Montréal pour faire la promotion de son roman, celui-ci a obtenu une couverture médiatique hors du commun et conséquemment, une popularité impressionnante, révélant le flair sans faille des éditions de La peuplade.

Cette histoire de quête de soi est à la fois fortement campée au Groenland et totalement universelle. Même s’ils se prénomment Ivik, Arnaq, Inuk et Fia, l’histoire de ces jeunes adultes a de quoi résonner chez les Samuel, Maria, Mohammed et Jasmeet de ce monde. Cherchant à engourdir leur souffrance et flirtant avec l’auto-destruction, leur destin ne nous est pas étranger. Il est toutefois indissociable du lieu dans lequel il survient. Il n’est pas question ici de grandes étendues de neige et de glace, mais plutôt d’un paysage urbain nordique, étouffant par sa promiscuité. On sent le froid, mais aussi l’isolement du monde et les frontières par-delà desquelles il est impossible de rêver.

Au coeur des préoccupations des protagonistes, se trouvent des questionnements queer et contemporains sur l’orientation et l’identité sexuelle. Dans une forme éclatée et résolument moderne, empruntant tantôt aux textos, tantôt au croisement entre deux langues, l’autrice fait le pari du réalisme extrême et de l’instant présent. Pari réussi, s’il faut en croire les critiques qui qualifient cette publication de phénomène littéraire. C’est que Niviaq Korneliussen ne fait pas que camper ses personnages dans leurs histoires individuelles respectives. Elle choisit son camp en faisant de l’identité culturelle traditionnelle un non-thème dans son œuvre, se plaçant ainsi en dissonance avec la tradition littéraire groenlandaise et bien ancrée dans sa génération. C’est définitivement une vision qui décape et ne laisse personne indifférent.

Pour ma part, je me suis sentie bien vieille en lisant ce livre. Les questionnements de mes vingt ans étant désormais loin derrière moi, j’ai tout de même ressenti beaucoup d’empathie pour ces êtres en détresse. J’ai eu envie de les protéger, mais surtout de leur dire de s’accrocher. Le chemin de la découverte de soi est certainement rude et abrupte par endroit, mais il vaut la peine d’être parcouru.

 

* Ce livre a fait l’objet d’une discussion au club de lecture dont je fais partie. J’adresse un merci tout spécial aux participant.es. Vos réflexions ont alimenté les miennes, ce qui a définitivement enrichi cette critique.

 

  • Autrice: Niviaq Korneliussen
  • Nombre de pages: 213 pages
  • Date de parution: 16 octobre 2017
  • Éditeur: La peuplade

 

Crédit photo: Marie-Hélène Legault

 

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