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Des vies déshumanisées

C’est à une réelle et douloureuse descente aux enfers que nous convie Karine Tuil dans son plus récent roman, Les choses humaines. Presque chaque nouvel opus de l’autrice se retrouve en lice pour des prix littéraires prestigieux et Les choses humaines s’inscrit dans la même lignée considérant qu’il est en lice pour le Grand prix du roman de l’Académie française, le prix Interralié, le prix Femina et le Goncourt pour ne nommer que ces prix. C’est qu’elle est très talentueuse Karine Tuil en conjuguant maîtrise de la langue, du rythme et connaissance approfondie de la psyché humaine.

Le roman met en scène une famille parisienne qui semble de prime abord parfaite composée d’un père septuagénaire, Jean Farel, journaliste politique français, à la tête d’une matinale à la télévision; de sa femme, Claire Farel, essayiste féministe dans la quarantaine et de leur fils, Alexandre, brillant étudiant à Standford. Le couple se sépare alors qu’il battait de l’aile depuis maintes années. La vie des Farel tourne au drame après que le fils soit accusé formellement de viol. S’inspirant d’un fait divers qui a défrayé la chronique aux États-Unis et fait couler beaucoup d’encre alors que l’accusé n’a reçu une sentence que de quelques mois, Tuil nous tient littéralement en haleine durant trois cents pages. Elle parvient à nous faire comprendre les actions des personnages, à nous faire connaître les tréfonds de leur personnalité, à nous donner l’impression que nous les connaissons encore mieux que nos propres amis. On se retrouve au cœur d’une saga déchirante où les jeux de pouvoir, l’individualisme, l’égocentrisme, la quête d’une vie effrénée et les mensonges sont à l’avant-plan. Comment ne pas faire de parallèles entre les tragédies grecques où les malheurs de la noblesse sont mis à nue.

Karine Tuil est brillante puisqu’elle parvient à la fois à nous tenir en haleine, à nous faire comprendre les paradoxes de personnages que nous détesterions d’emblée si nous avions à les croiser dans notre propre vie et à nous faire réfléchir aux enjeux éthiques sous-jacents à une problématique. Des enjeux contemporains sont décortiqués : #metoo, la tyrannie des réseaux sociaux, l’absence de distance critique dans les médias, la protection de l’image, etc. C’est un roman fort, c’est un roman nécessaire. Un seul bémol : j’aurais souhaité une fin plus féministe et moins pessimiste. 

  • Autrice : Karine Tuil
  • Nombre de pages : 352 pages
  • Date de parution : septembre 2019
  • Éditeur : Gallimard

Crédit photo : Karine Villeneuve

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