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(À leur tour de) Larguer les amours

À leur tour de larguer les amours

En 2017, Maryse Latendresse et Marie Lamarre avaient regroupé 19 plumes féminines autour du thème de la rupture. En 2018, elles récidivent, mais cette fois ce sont 18 hommes qui, le temps d’un recueil de nouvelles, poèmes et courtes pièces, partagent leurs perceptions, leurs expériences et leurs vécus de la rupture amoureuse.

Regroupés autour de trois thématiques (Ô toi, Tourner en ronds et Seuls ensemble), les dix-huit textes sont à la fois profondément différents dans le style, l’approche et la façon de raconter, et intimement liés dans leur relatif détachement. Alors que la première version de Larguer les amours nous faisait vivre des émotions pures au fil des mots et des récits, ce collectif au masculin nous transporte dans une réflexion plus cérébrale. Et ceci n’est pas en soi problématique. Au contraire, ça fonctionne. Pareil à une rupture, on chemine des émotions brutes – nécessaires, absorbantes, fortes – à la réflexion post-choc, à ce retour sur nous-mêmes, sur la relation, sur le monde dans lequel nous évoluons. Et ce retour sur la rupture est essentiel. Le texte de Stéphane E. Roy permet de voir comment le quotidien en vient à être un rappel de la rupture – à travers les chansons qui meublent les silences. Pour sa part, Carl Bessette entame son texte avec les très sages mots « Il est de mon avis que les ruptures sont plus formatrices que les rencontres » (p.59), opérant un retour sur les ruptures passées qui ont façonné ce qu’il est aujourd’hui. Une exception s’impose toutefois : le texte de Tristan Malavoy, qui conclut ce recueil avec un poignant « Convaincus pour un jour ou à jamais, que l’amour est une sale affaire » (p.220). Les émotions, cette colère qui habite l’auteur qui signe un texte au « je », transperce les pages (à un point tel que par moment, on se sent voyeur d’une histoire qui n’est pas la nôtre). Ce chapitre conclut en formant une boucle avec le premier tome, et avec la thématique de la rupture : peu importe notre volonté de rationalisation et d’acceptation, chaque rupture reste une petite fissure au plus profond de notre être, et les émotions ne pourront être totalement évacuées.

(À leur tour de) Larguer les amours est, tout comme le premier volume, un livre qui se lit facilement. On peut choisir d’en étirer la lecture – en absorbant les mots d’une nouvelle à la fois. Ou de s’y plonger sans retenu, d’une couverture à l’autre. Loin d’être une succession de textes déprimants, il s’agit plutôt d’un recueil porteur de réflexion, où les voix multiples s’entremêlent. L’exercice amorcé dans Larguer les amours avec des voix uniquement féminines se poursuit ici avec des voix masculines, dans cet ouvrage tout en pertinence qui souligne les points de convergences et de divergences entre les expériences de la rupture.

 

  • Auteur : Collectif sous la direction de Marie Lamarre et Maryse Latendresse
  • Nombre de pages : 232 pages
  • Date de parution : 10 septembre 2018
  • Éditeur : Tête première

Crédit photo : Andréanne Bissonnette

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