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Royal

« - Si vous êtes ici, c’est que vous appartenez déjà à l’élite de la société. » – p. 3.  

Ainsi commence Royal de Jean-Philippe Baril Guérard, un livre qu’on peut résumer comme une véritable plongée dans le monde obscur, concurrentiel et sans pitié des études de droit. Le ton est donc donné dès les premières lignes : le lectorat entre dans la terrible ascension (ou descension) de plusieurs étudiants dont on ne connaitra pas les noms, seulement les surnoms dégradants judicieusement choisis par le narrateur pour s’en distancer : le fif péquiste, la provinciale sportive, l’Italien du West Island, la fille de syndicaliste, le Carabin… Le personnage principal, un jeune homme peu sympathique, fils d’une famille aisée, sûr de lui et archi-convaincu de sa supériorité, nous raconte les tricheries et mensonges qui se jouent au sein de ce groupe de jeunes à la chasse aux stages dans un grand cabinet.  

Mais comment survivre à toute cette violence psychologique qui n’épargne personne, même pas notre insolent narrateur? Crises de panique, anxiété incontrôlable, médicaments variés et quelques séances chez un psy sont sans doute le lot de tous… parce que même pour les pédants, ce milieu ne laisse pas complètement intact. C’est d’ailleurs peut-être en partie ce qui rend le héros parfois sympathique, lorsqu’il se dévoile dans sa plus intime fragilité, dont nous sommes presque les seuls témoins (sa blonde, Aurélie, y assiste aussi, mais elle n’y survivra malheureusement – ou heureusement pour elle?! – pas). 

La particularité de ce récit? Définitivement la narration au « tu » qui renverse complètement le rapport entre le personnage et le lectorat, créant une proximité – voire une complicité dérangeante-ai-je-besoin-de-le-préciser – avec un être qu’on peut trouver particulièrement pénible et difficile à apprécier.  

Parfois, quand t’es distrait, tu jettes un regard loin autour de toi et ça te régale de voir tes collègues souffrir devant leurs livres. Parce que tu sais que pour toi, ça ira. C’est pas que t’aies un talent particulier pour le droit, et de toute façon il serait trop tôt pour le savoir : t’es bon, c’est tout. Dans tout ce que tu fais. (…) Tout ce que t’as fait, depuis toujours, a toujours été réussi de façon remarquable. T’es un être humain excellent, dans tout ce que t’entreprends. Si tes parents t’avaient fait essayer le piano, tu serais au Conservatoire et tu serais le meilleur de ta classe. (… ) Le talent existe pas, mais force est d’admettre que t’es né avec ce qu’il faut pour régner.  – p. 45.  

Happant, perturbant et accrocheur, Royal est un vrai coup de génie pour Jean-Philippe Baril Guérard, qui a d’ailleurs gagné le Prix littéraire des collégiens en 2018 pour ce récit. Et il faut absolument prendre le temps de mentionner la beauté de la page couverture, qui a été conçue par Benoit Tardif. L’objet-livre contribue toujours au plaisir de la lecture, et dans le cas qui nous intéresse, Les éditions de Ta Mère n’ont pas lésiné pour nous offrir un bel item! 

Lisez la critique de Patrice Sirois 

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